La Feuille d'érable
vol. 15, n° 07
Une coopération internationale triomphe en Afghanistan

Le 5 mai, le brigadier-général états-unien James B. Linder (à gauche) dit au revoir au Mgén Mike Day, au moment où ce dernier se prépare à rentrer au Canada après avoir servi à titre de général commandant adjoint de la Mission de formation de l'OTAN en Afghanistan.

Le Mgén Mike Day donne une séance d'information à la coalition de leadership, le 11 juin, au camp Julien.
Selon le major-général Mike Day, un thème est revenu souvent au cour de sa carrière : des Canadiens et des Canadiennes fournissent de l’aide au niveau tactique, produisant des effets incommensurables et durables dont on voit les retombées bien des années après la fin de la mission. Ce thème s’est manifesté encore une fois en Afghanistan.
Après près de 30 ans dans l’Armée de terre, lors desquels il a mené des équipes de combat ou des unités des forces spéciales et a effectué un éventail de déploiements – des Balkans à l’Afrique, en passant par le Moyen-Orient et l’Afghanistan –, le Mgén Day a récemment vécu la sensation incomparable de commander un ancien adversaire croate dont le pays, le pensait-il, ne contribuerait jamais aux affaires internationales, surtout dans un endroit comme l’Afghanistan.
« Je suis certain que nous étions dans la même région lors de mon premier déploiement en Serbie-Monténégro (anciennement la Yougoslavie). Si son arme n’était pas braquée sur nous dans les années 1990 ou s’il ne visait pas les soldats de l’OTAN, il avait certainement un rôle à jouer dans l’affaire », affirme un Mgén Day hautement médaillé, qui vient de céder sa place comme général commandant adjoint de la Mission de formation de l’OTAN en Afghanistan, dans le cadre de laquelle il était directement responsable du développement des Forces de sécurité nationales afghanes, regroupant l’armée, la police, la force aérienne et les forces spéciales.
« L’ancienne Yougoslavie n’est plus comme elle était à cette époque-là. Les Croates sont maintenant chargés de l’école de la police militaire qui entraîne l’Armée nationale afghane (ANA), explique-t-il. Plus tôt cette année, j’ai discuté avec le commandant croate en Afghanistan, et il est vraiment formidable. Il fait preuve de professionnalisme et de détermination, et il aide beaucoup la Police nationale afghane. Les Croates font un très beau travail; ils prouvent vraiment que tout est possible. »
Le Mgén Day attribue une partie du succès des Croates en Afghanistan à l’expérience canadienne dans l’ancienne Yougoslavie. « Notre influence durable dans des endroits comme la Croatie et la Bosnie-Herzégovine se fait sentir aujourd’hui, au moment où la Croatie déploie des dirigeants très efficaces pour gérer des écoles fondées sur les compétences à l’intention de l’Armée nationale afghane, affirme-t-il. Il s’agit d’une victoire pour nous. Il y a des générations de futurs dirigeants dans l’ANA dont le regard sur leur profession est inspiré par l’exemple du Canada. Il s’agit là d’un effet extrêmement important et durable. »
La participation canadienne à la mission de formation comprend environ 925 instructeurs affectés à Kaboul, dont la majorité sont employés dans deux installations principales d’instruction, le Centre d’instruction militaire de Kaboul, un centre d’excellence d’instruction élémentaire des guerriers, et le Centre consolidé de mise en service, où les militaires et leur équipement sont réunis afin de préparer les nouveaux kandaks (bataillons) de l’ANA en vue du service à l’échelle de l’Afghanistan. Le personnel des écoles est composé de militaires de l’ANA, appuyés par des militaires canadiens qui fournissent du soutien et des conseils. Les mentors étrangers au Centre consolidé de mise en service proviennent de la FIAS et de l’OTAN. Le Canada est le deuxième partenaire de l’alliance en matière de contribution.
« Notre plus grande influence à ce jour est liée à l’instruction de l’ANA. Ce dont se souviennent les soldats afghans avant de se joindre aux forces armées, c’est le leadership canadien. La meilleure contribution que l’instructeur peut faire, c’est de servir de modèle à suivre, à la fois au début et à la fin de l’instruction. Cet exemple est établi par des Canadiens », affirme le Mgén Day.
Cependant, la contribution du Canada à la Mission de formation de l’OTAN, communément connue sous le nom d’opération Attention, ne se limite pas à l’instruction militaire. En fait, le Canada a transformé l’un de ses centres régionaux d’instruction militaire en une installation de formation linguistique et d’alphabétisation, le premier en son genre, chose inédite parmi les pays de l’alliance.
« Il n’y a pas de plus beau cadeau que l’on peut offrir à l’Afghanistan que l’alphabétisation », déclare le major-général.
Cependant, les difficultés en Afghanistan n’échappent surtout pas au Mgén Day. Et ce dernier ne cède pas au cynisme qui accompagne souvent l’évaluation narrative de l’intervention occidentale en Asie du Sud-Ouest. « Il ne faut pas définir l’Afghanistan en fonction de là où le pays se trouve aujourd’hui, mais plutôt en fonction de la route qu’il emprunte et du rythme de son pas. »
À la fin de son déploiement de treize mois en Afghanistan, le Mgén Day quittera son rôle de dirigeant après avoir tiré des centaines de leçons. La leçon la plus poignante qu’il a tirée est tout probablement en situation de désespoir. « J’ai vécu des moments difficiles lorsque les gens refusaient de s’adapter aux outils que nous leur fournissions. Je pense que mon meilleur moment est survenu dans une situation de désespoir. Voici la leçon que j’ai tirée : si vous tenez à ce que les opérations en Afghanistan soient couronnées de succès, vous devez laisser les pays comme l’Afghanistan décider comment ils vont y parvenir et vous devez reconnaître que le modèle occidental ne fonctionnera pas ailleurs. Le modèle afghan est celui qui fonctionnera en Afghanistan. »
Le Mgén Day rentre à Ottawa, où il a été nommé commandant supérieur au QGDN.