La Feuille d'érableLa Feuille d'érable

Juillet 2012
vol. 15, n° 07

Le syndrome du survivant : un effet secondaire du changement


Photo: © iStockphoto.com/© 001abacus

Des changements organisationnels peuvent entraîner une myriade d’émotions variant en intensité, de faible à élevée, et ce, non seulement chez les employés qui ont été touchés directement.

« Le syndrome du survivant peut parfois être occasionné par des mesures de réduction des effectifs ou de restructuration », explique Madeleine Azzie, conseillère en gestion du changement de la Direction de la gestion du changement. « Il s’agit des répercussions émotionnelles, psychologiques et organisationnelles sur les personnes qui gardent leur emploi, ou qui “survivent”. C’est une situation qui peut se produire lors du réaménagement des effectifs. »

Les ministères prennent des mesures en matière de changement, il importe de prêter attention tant aux personnes touchées directement qu’à celles qui sont en marge. Par exemple, dans une situation où un organisme doit réduire ses effectifs, tant les gens qui quitteront l’organisme que ceux qui resteront auront besoin d’appui.

Beaucoup de personnes pourraient être portées à croire que les membres du personnel dont le poste n’a pas été touché par les mesures de réduction du déficit ne ressentiraient qu’un sentiment de soulagement. Par contre, le syndrome du survivant produit de véritables effets secondaires chez de nombreuses personnes, qui se sentent coupables d’avoir survécu, alors que certains de leurs collègues n’ont pas eu cette chance, explique Mme Azzie.  « Certains employés peuvent souffrir d’une baisse de productivité et d’appréhension quant à l’avenir, faire preuve d’un moins grand dévouement à l’organisme et même éprouver un sentiment de perte. »

Ces émotions varient en intensité, de faible à élevée, selon les personnes et leur situation respective. Les personnes dont l’identité est fortement liée au travail ont tendance à être plus durement touchées, car elles intériorisent leurs sentiments et voient les changements comme une menace à leur estime de soi. Il est normal de ressentir un certain niveau de culpabilité lorsqu’un collègue perd son emploi. Mme Azzie propose de confier ces sentiments à un collègue ou à une personne à qui vous faites confiance, dont un gestionnaire ou un collègue à l’extérieur du milieu de travail immédiat.

Aidez vos collègues

Beaucoup de personnes ont du mal à parler à leurs collègues éventuellement touchés par le réaménagement des effectifs, parce qu’elles ne savent pas trop quoi leur dire. Mme Azzie précise que vous pouvez tout simplement commencer en disant à vos collègues que vous êtes désolé d’apprendre qu’ils ont perdu leur emploi. « En demandant à votre collègue si vous pouvez faire quoi que ce soit pour l’aider, vous lui faites part, de façon concrète, de votre disposition à l’aider,
affirme-t-elle. C’est une façon pour vous de vous sentir en mesure d’aider un collègue et de vous sentir moins coupable. »

Mme Azzie fait savoir qu’a priori, l’empathie est de mise. « Ne les mitraillez pas de questions. Laissez vos collègues orienter la discussion s’ils veulent parler de leur situation. Acceptez qu’ils changent de sujet; ils ne sont peut-être pas entièrement prêts à en parler. Si, d’un autre côté, ils veulent en parler, soyez prêts à les écouter et à les appuyer. »

En vous montrant attentif et en n’exerçant aucune pression sur vos collègues en leur posant beaucoup de questions, vous pouvez leur offrir du soutien. Il ne faut pas sous-estimer l’importance de savoir que quelqu’un nous écoute et se soucie de nous.

Tous les membres de l’Équipe de la Défense ont accès à diverses ressources pendant les périodes de changement. Les membres du personnel qui cherchent à parler à un tiers entièrement objectif ou qui préfèrent discuter dans un milieu confidentiel peuvent participer au Programme d’aide aux employés (http://hr.ottawa-hull.mil.ca) et au Programme d’aide aux membres (www.forces.gc.ca/assistance). Les employés à l’échelle du ministère ont accès à des agents d’orientation et à un service téléphonique sans frais 24 heures par jour, 365 jours par année. La page intranet « Cap sur le changement » (http://hr.ottawa-hull.mil.ca) propose beaucoup d’articles utiles portant sur l’adaptation du personnel au changement et des stratégies facilitant l’adaptation pendant les périodes difficiles.

En vous montrant attentif et en n’exerçant aucune pression sur vos collègues en leur posant beaucoup de questions, vous pouvez leur offrir du soutien.

Que feriez-vous?

Au cours de la dernière année, vous avez travaillé étroitement avec un collègue dans la même équipe de travail. Or, ce dernier vient d’apprendre que le poste d’un collègue avec qui il travaille depuis 24 ans va être aboli. Au cours des dernières semaines, vous observez des changements dans son comportement. Il n’est plus fiable, n’est pas ponctuel aux réunions et ne fait plus preuve de souci du détail, auquel il tenait rigoureusement. Il est de plus en plus impatient avec ses collègues; il lui arrive même d’avoir l’air déprimé, colérique et démotivé. Vous soupçonnez qu’il a du mal à accepter que son poste de nature semblable ait été conservé, tandis que celui de son collègue a été jugé superflu.

Comment réagiriez-vous dans cette situation?

Selon votre relation avec l’employé, vous pourriez vous sentir assez à l’aise pour l’approcher et lui faire part de vos observations, sans le critiquer ni le juger. Dites-lui tout simplement que vous êtes inquiet. À ce moment-là, vous pouvez lui proposer de se confier à vous. Il s’agit d’une invitation, et non d’une obligation, à parler, ce qui doit être très clair. Vous pouvez insister sur le fait que vous êtes heureux de l’écouter et de lui donner votre opinion. Pendant que vous l’écoutez, il pourrait être utile de vous montrer réceptif. Votre collègue pourrait vous expliquer qu’il est attristé d’avoir à abandonner sa relation de travail de longue date avec l’employé qui perd son poste. Il se peut qu’il ait peur de vivre une situation semblable. Ces sentiments pourraient l’empêcher d’avoir le même rendement que par le passé, et il s’agit peut-être d’un obstacle à surmonter.

Pour clore la conversation, vous pouvez lui proposer gentiment de recourir au Programme d’aide aux employés.