Le volume 4 est le seul volume où les conduites individuelles sont examinées de façon distincte des activités d'ordre systémique ou institutionnel. Les carences organisationnelles méritent certes notre attention; elles ressortent en de nombreux points de notre rapport, dans l'analyse détaillée des questions d'ordre systémique ou institutionnel. Cependant, nous voulons ici nous demander exclusivement s'il y a eu des manquements ou des carences individuels pendant la mission en Somalie et Si certaines personnes se sont mal conduites. Notre mandat ayant été restreint, nous avons été forcés de limiter notre analyse des manquements individuels à la période précédant le déploiement et nos efforts en vue d'obtenir des documents de la DGAP. Nous avons informé les responsables de la phase de la mission s'étant déroulée dans le théâtre d'opérations que nous ne porterions pas de jugement sur les éventuelles fautes personnelles liées à cette phase, et nous avons retiré les préavis de faute grave qui leur avaient été remis.
Le premier chapitre du volume 4 s'intitule << Les manquements des officiers supérieurs >>. L'examen que nous faisons ici des manquements en matière de leadership suppose l'application du principe de l'obligation de rendre compte dont nous avons traité précédemment, et l'appréciation des qualités de leadership décrites dans le chapitre portant sur cette question. Cependant, il y a un autre aspect propre au manque de leadership dont il est important de tenir compte dans la présente discussion, qui n'est pas abordé explicitement dans les autres parties du rapport. Il s'agit des lacunes découlant du fait qu'une personne manque à son devoir de commandant.
Les fautes ou manquements individuels en question ont déjà été cernés et signalés aux personnes concernées au moyen d'un préavis en vertu de l'article 13 de la Loi sur les enquêtes, aux termes de laquelle << [la] rédaction d'un rapport défavorable ne saurait intervenir sans qu auparavant la personne incriminée ait été informée par un préavis suffisant de la faute qui lui est imputée et qu'elle ait eu la possibilité de se faire entendre en personne ou par le ministère d'un avocat. >>
Les personnes qui ont reçu un avis en vertu de l'article 13 ont reçu celui-ci au début de nos travaux, et avant que nous entendions les témoins. Toutes les personnes ayant reçu un préavis en vertu de l'article 13 pouvaient convoquer des témoins et présenter des observations orales ou écrites, en plus du droit qu'elles ont eu pendant tous nos travaux d'obtenir la communication équitable et intégrale des renseignements demandés, d'être représentées, d'interroger et de contre-interroger des témoins.
Ces personnes, dont les actions sont examinées de près dans ce volume du rapport, sont des militaires dont la carrière est marquée d'importantes réalisations. Comme on peut s'y attendre de soldats montés aussi haut dans les FC, leur dossier militaire est jusqu'ici irréprochable. Pour eux, la mission en Somalie fait donc tache dans une carriere par ailleurs exemplaire. Certaines justifications ou excuses formulées devant nous pourraient, Si on les accepte, modifier ou atténuer les conclusions auxquelles nous sommes arrivés. On nous a dit par exemple: << le système fonctionnait bien; les problèmes n'étaient le fait que de quelques mauvais éléments >>, << il se commettra toujours des erreurs >>, << je ne savais pas >>, << je n'étais pas au courant >>, << ce n'était pas ma responsabilité >>, << j'ai fait confiance à mes subalternes >>. Nous n'examinons pas chacune de ces affirmations dans le volume 4, mais nous en avons dûment pris note.
Le fait que ces personnes doivent être considérées comme le produit d'un système qui encourage une attitude téméraire est une circonstance atténuante. Le réflexe d'acquiescer d'emblée à un commandement ou à une ligne de conduite plutôt que d'en remettre en question le bien-fondé va évidemment à l'encontre d'une discussion libre et franche, mais il est ancré dans la discipline et la culture militaires. Toutefois, les leaders soucieux de bien assumer leur responsabilité de commandement doivent reconnaître et affirmer qu'ils ont non seulement le droit mais aussi le devoir de déconseiller les actions inappropriées, sans quoi ils manquent de professionnalisme.
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