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LA MÉFLOQUINE

La méfloquine est un antipaludique relativement nouveau, auquel le public canadien a accès depuis 1993. Elle sert à la prévention (prophylaxie) et au traitement de la malaria. La méfloquine est utilisée dans les régions où les souches locales de malaria ont développé une résistance aux autres médicaments antipaludiques. La Somalie est une de ces régions.

On nous a laissé entendre que la méfloquine avait de graves effets secondaires et qu'elle aurait entraîné un comportement anormal et violent chez certains membres des Forces canadiennes en Somalie. Il nous a été impossible d'examiner tous les effets possibles de la méfloquine. Cela aurait nécessité d'autres audiences consacrées à cette question, mais nous ne disposions pas du temps nécessaire. Nous voulons toutefois noter ici nos conclusions générales sur la méfloquine et son impact possible sur les opérations en Somalie.

Il est clair que la méfloquine a causé des problèmes mineurs en Somalie, comme on pouvait s'y attendre d'après l'examen des publications médicales sur le sujet. Nous avons appris que plusieurs individus ont souffert de troubles digestifs ou d'insomnie ou ont eu des rêves angoissants ou des cauchemars (que les soldats appelaient des << meflomars >>) après avoir pris de la méfloquine. Les effets secondaires - ou du moins les effets secondaires mineurs, et peut-être aussi les effets secondaires majeurs - semblent avoir été particulièrement prononcés dans les 24 à 48 heures suivant la prise de méfloquine.

Si la méfloquine a effectivement été à l'origine de certains cas d'inconduite sur lesquels portait notre enquête ou si elle y a contribué de quelque façon, il se peut que le comportement des membres des FC qui étaient sous l'influence du médicament soit partiellement ou entièrement excusable. Cependant, pour les raisons décrites plus en détail au chapitre 41, nous n'avons pu en arriver à une conclusion définitive sur cette question. Nous ne pouvons que faire des observations générales sur la décision de prescrire de la méfloquine au personnel déployé en Somalie.

1. La décision prise par le MDN en 1992 de prescrire de la méfloquine aux membres des FC déployés en Somalie semble compatible avec les pratiques médicales en vigueur à ce moment-là. Ce point de vue se fonde sur les publications médicales de l'époque, selon lesquelles la méfloquine était un médicament antipaludique indiqué pour les troupes déployées en Somalie et les symptômes neuropsychiques graves étaient rares, se manifestant chez un usager sur 10 000 ou 13 000 environ. La méfloquine a aussi été administrée aux soldats américains, bien qu'à des doses plus faibles. Nous ne pouvons toutefois déterminer si le MDN a pris les précautions voulues pour que la méfloquine ne soit pas administrée aux personnes souffrant de troubles psychiques graves, car on savait depuis 1992 qu'il n'était pas indiqué de prescrire la méfloquine aux individus ainsi affectés.

2. Au moment du déploiement, il ne semblait y avoir aucune preuve solide démontrant que la méfloquine pouvait interagir avec l'alcool de maniere a provoquer des comportements anormaux ou à accroître les risques à cet égard, ou encore à aggraver ce comportement. Les effets indésirables possibles de l'interaction de la méfloquine avec l'alcool n'ont fait l'objet d'analyses détaillées dans les publications médicales qu'après le déploiement en Somalie. On ne peut donc blâmer le MDN de n'avoir su faire le lien entre la consommation d'alcool et l'usage de la méfloquine.

3. Des données médicales plus récentes laissent entendre que les effets indésirables graves découlant de l'usage de la méfloquine comme agent prophylactique ne sont pas aussi rares qu'on l'avait pensé au début, mais il y a divergence de vues à ce sujet et il y aurait peut-être lieu de procéder à une enquête plus approfondie.

4. L'usage de la méfloquine aurait pu contribuer au comportement anormal de certains soldats déployés en Somalie. Toutefois, avant de pouvoir déterminer si la méfloquine a contribué au comportement des personnes en cause, il faudrait d'abord répondre aux questions suivantes :

a. Les soldats en cause ont-ils pris de la méfloquine?

b. Les militaires en cause auraient-ils reçu une dose de << traitement>> plus forte? Cela se serait produit uniquement s'ils avaient contracté la malaria. On savait, même à l'époque du déploiement en Somalie, que les doses plus fortes comportaient un risque plus élevé de troubles neuropsychiques que les doses plus faibles que la plupart des soldats ont reçues pour prévenir la malaria.

c. Les militaires des FC en cause avaient-ils déjà souffert troubles psychiques qui auraient pu accroître le risque d'effets secondaires graves attribuables à la méfloquine?

d. Quel jour de la semaine prenaient-ils de la méfloquine? Quel(s) jour(s) de la semaine les cas d'inconduite se sont-ils produits?

e. Les soldats se sont-ils plaints à un moment donné de symptômes quelconques, légers ou graves, dont on sait maintenant qu'ils sont associés à la méfloquine?

f. Quelqu'un a-t-il remarqué un comportement anormal de la part des militaires en cause dans les jours suivant la prise de méfloquine?

Dans l'affirmative, quel était ce comportement? Est-il raisonnable de dire que la méfloquine ait pu contribuer à ce comportement? Y a-t-il un autre facteur (consommation d'alcool, attitude raciste, caractère généralement belliqueux ou agressif de la personne en cause, milieu stressant, tolérance de la part des autorités à l'égard des comportements limites) qui aurait pu causer ce comportement ou y contribuer?

Il est évident qu'il faudrait une enquête plus approfondie pour pouvoir en arriver à des conclusions définitives sur le rôle possible de la méfloquine.


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