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MISE EN GARDE CONCERNANT LA DISCIPLINE ET LA SÉLECTION ET LA PRÉSÉLECTION

Un thème revient constamment dans les conclusions et les recommandations énoncées dans le présent chapitre : on devrait donner plus d'importance à la discipline dans la sélection et la présélection du personnel, depuis le recrutement jusqu'au déploiement. Nous estimons que cette préoccupation est entièrement justifiée compte tenu des éléments de preuve examinés dans le cadre de la présente enquête, mais il importe de reconnaître qu'un bon leadership est un élément essentiel de la sélection, de la formation, du perfectionnement, de l'emploi et de la supervision des soldats. La mise en place de nouvelles procédures et lignes directrices peut être utile, mais cela ne remplacera jamais des chefs consciencieux, professionnels et tenus de rendre des comptes.

Il est tout à fait normal d'accorder une importance plus grande et plus explicite aux indicateurs de comportement indiscipliné dans la sélection et la présélection du personnel, mais nous ne voudrions pas que les décisions deviennent mécaniques au point de supplanter le jugement et l'obligation de rendre compte du commandement232. Le système de recrutement et la chaîne de commandement des FC ont toujours tenu compte du fait que le potentiel d'une personne (en bien ou en mal) ne peut pas toujours être résumé dans un casier judiciaire ou un dossier du personnel, et ils devraient continuer à le faire. Certes, il ne faut pas prendre de risques inutiles lorsqu'il existe des signes précurseurs significatifs, mais une façon de procéder rigide et bureaucratique pourrait aboutir à des décisions en matière de sélection et de présélection qui seraient uniquement motivées par le souci du décideur d'éviter tout blâme, plutôt que par le désir d'évaluer consciencieusement le candidat.

Encore une fois, bien que des lignes directrices, des règlements et des ordonnances qui imposent un examen particulièrement attentif de l'aptitude sur le plan du comportement constituent des améliorations utiles, cela ne résout pas le problème. Tant que les chefs à tous les niveaux ne comprendront pas la valeur intrinsèque du rôle de la discipline dans le succès global des opérations militaires, que les responsables n'auront pas suffisamment d'autorité, d'éléments d'information et de ressources pour présélectionner et sélectionner leur personnel, et tant qu'ils ne seront pas tenus de rendre compte de leurs erreurs de jugement, le problème demeurera pratiquement entier.


LE PROBLÈME DU RACISME

« Je suis venu en Somalie pour me faire un nègre » 233

« La présence de tenants de la suprématie blanche et de néo-nazis dans les Forces armées ou de racistes a contribué aux perturbations qui ont affecté les militaires » 234. [Traduction libre]

À part la conduite, le rendement et la discipline - facteurs qui entrent normalement en ligne de compte dans le choix du personnel - il aurait fallu considérer les attitudes racistes en prévision de déploiement en Somalie. C'est en tout cas ce que confirment les incidents qui se sont produits dans le Régiment aéroporté du Canada avant et pendant le déploiement.

La politique au moment du déploiement

Au moment du déploiement, les Forces canadiennes n'avaient pas de politique interdisant l'enrôlement de racistes militants ni l'adhésion à des organisations racistes ou la participation à leurs activités, ou même interdisant aux racistes militants de participer à des missions des Nations Unies235.

C'est assez surprenant pour plusieurs raisons. Premièrement, depuis 1978, il est interdit aux Forces canadiennes - comme à toutes les institutions fédérales - de pratiquer la discrimination fondée sur la race, l'origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion ou le sexe, entre autres motifs illicites236. En outre, depuis 1983, il incombe légalement aux FC de faire preuve de « toute la diligence nécessaire » pour empêcher le harcèlement ou d'autres formes de discrimination par leurs camarades à l'égard des militaires et des candidats aux FC237. Par ailleurs, bien avant le déploiement en Somalie, il était évident que l'engagement pris par le Canada de participer aux opérations des Nations Unies mettrait des soldats canadiens en contact étroit avec des personnes appartenant à des cultures et à des races différentes.

A titre de comparaison, les forces armées américaines ont, depuis 1986, des règlements qui interdisent la participation active de leurs soldats aux activités de groupes extrémistes de ce genre238.

De plus, les FC étaient dépourvues - et continuent de l'être - de toute procédure, en dehors de la chaîne de commandement normale, permettant de se plaindre d'un comportement raciste239. Un rapport du Congrès américain de 1994 concluait que, selon les membres des forces armées, les facteurs qui contribuaient le plus à l'efficacité de la procédure relative aux plaintes étaient : la possibilité de porter plainte sans passer par la chaîne de commandement; un appui solide de la part du haut commandement, notamment son engagement à protéger les plaignants contre les représailles; l'observation des délais établis pour les enquêtes et la prise de mesures, et la communication d'une rétroaction détaillée au plaignant240.

Avant 1993, les FC ne s'appuyaient que sur des lois et des règlements généraux pour traiter les cas de comportement à caractère raciste. Depuis décembre 1992, les dispositions ci-dessous relatives aux droits de la personne sont appliquées aux membres des FC et ont servi de fondement aux mesures prises à l'égard de toute forme de comportement raciste au sein des FC.