Une opération réussie commence par l'octroi d'un soutien solide et fiable à la mission sur le plan de la logistique et du matériel431. Cela ne s'est pas produit dans le cas de l'opération « Deliverance ». La première tâche consiste habituellement à établir une base d'opération solide sur le théâtre des opérations, puis à fournir un soutien logistique suffisant aux troupes qui viennent d'arriver sur les lieux et à celles qui suivront. Dans le cas de l'opération « Deliverance », un élément de soutien national aurait dû être prévu dans l'effectif limité de 900 personnes, mais il n'y avait pas de place en raison du nombre de postes nécessaires pour le personnel de combat432. Seul un petit commando d'appui tactique était affecté au GTRAC et ne pouvait pas soutenir l'arrivée massive de troupes, d'équipement et de ravitaillement par voie maritime et aérienne.
Les problèmes logistiques ont nui au déroulement des opérations des Forces canadiennes en Somalie. La transformation de la mission de maintien de la paix en mission d'imposition de la paix, l'augmentation des effectifs, qui sont passés de 750 à 900 personnes, et deux changements de secteur des opérations auraient dû être des raisons suffisantes pour retarder le déploiement jusqu'à ce que ces changements puissent être assimilés. Au contraire, on a accordé peu d'attention au fait que l'opération « Deliverance » était une mission totalement différente de l'opération « Cordon ». Au départ, on avait envisagé une opération « modeste » ne nécessitant que le strict minimum de ravitaillement et d'équipement; ce n'est qu'après le début de l'opération « Deliverance » sur le théâtre des opérations qu'il a été décidé d'établir un camp de base semblable à celui prévu pour Bosaso433. Cependant, on ne disposait ni du soutien logistique ni du matériel nécessaires pour atteindre cet objectif.
Malgré cela, la mission n'a
pas été reportée. Le transport des troupes
et du ravitaillement nécessaire à Belet Uen, à
350 kilomètres du NCSM Preserver, a créé
de la confusion et occasionné des frais. L'état-major
supérieur a oublié ou enfreint un principe fondamental
de la logistique dépêcher les unités de première
ligne avec une provision de produits essentiels pour trois jours
(rations de campagne, munitions et carburant), mais constituer
des réserves de ravitaillement et d'équipement sur
les lieux avant le début de l'opération434.
L'opportunisme politique et le désir d'être visibles
sur la scène mondiale l'ont emporté sur toutes les
considérations logistiques pratiques.
Avant que le QGDN émette l'ordre d'avertissement pour l'opération « Cordon »le 4 septembre 1992, l'opération « Python » (pour le Sahara occidental) était l'exercice de planification le plus récent du Régime aéroporté du Canada pour un tel déploiement435. Dans un compte rendu daté du 17juillet 1992, le maj Desnoyers a décrit l'opération « Python » comme un « non-événement coûteux et désordonné. On aurait pu éviter la plupart des coûts de la logistique si on avait procédé de façon plus systématique »436 Il a ajouté que le QGDN avait la « possibilité maintenant de produire un système pratique et amélioré ». On a laissé passer cette occasion au moment où il a fallu improviser pour passer de l'opération « Cordon » à l'opération « Deliverance ». Les leçons précieuses qu'on aurait pu tirer de l'opération « Python » ont été oubliées au cours de la planification chaotique de la mission précipitée à Belet Uen. Les comptes rendus de l'opération « Python » ont révélé ce qui devait devenir un leitmotiv: la planification logistique était insuffisante parce que les renseignements sur l'opération présentaient des lacunes ou n ont pas été communiqués à tout le personnel intéressé. Dans un compte rendu daté du 16 juin 1992, le lcol Prosser a fait remarquer que seul le commandant du RAC, le col Holmes, s'est rendu au Quartier général des Nations Unies pour assister à une séance d'information sur l'opération « Python », et que la planification, la préparation et l'organisation des opérations auraient été plus faciles si des représentants du Quartier général du Commandement de la Force terrestre, du Quartier général du Secteur du centre de la Force terrestre et du Quartier général de la Force d'opérations spéciales avaient accompagné le col Holmes437.
Le lcol Prosser a également mentionné que le Canada n'avait pas procédé à une reconnaissance du Sahara occidental. Idéalement, une reconnaissance détaillée de la zone d'opération proposée devrait précéder tout déploiement, et les principaux intervenants de chaque niveau de l'état-major dans le processus de planification devraient faire partie du détachement de reconnaissance avec des experts ayant une connaissance spécialisée de l'utilisation des ressources locales. En outre, il a déploré le manque de renseignements logistiques sur les zones d'opération possibles.
Les renseignements logistiques inadéquats sur les zones d'opération témoignaient de l'incapacité générale d'utiliser de manière optimale le personnel du renseignement. Le lcol Prosser a recommandé fortement que le personnel du G2 Renseignement participe à la planification de toute opération à compter de l'ordre d'avertissement438.
La coopération est un principe
fondamental de la planification logistique; cependant, le personnel
du J3 Maintien de la paix et du G4 Opérations n'a pas participé
aux premières étapes du processus de planification
de l'opération « Python » ou de l'opération
« Deliverance ». Par conséquent, comme le personnel
chargé de la planification n 'était pas informé,
il en est résulté des erreurs coûteuses et
de la confusion. De même, il a été impossible
d'établir des estimations justes du ravitaillement nécessaire,
comme les pièces de rechange et les types d'essence, d'huiles
et de lubrifiants439. Un compte rendu
de situation daté du 12 novembre 1992 a confirmé
que certains stocks d'équipement de l'opération
« Python » ont aidé à répondre
aux besoins de l'opération « Cordon »440
Le col Houghton, directeur des Opérations de maintien de la paix, J3 Maintien de la paix, était le représentant canadien au sein de l'équipe technique des Nations Unies qui s'est rendue en Somalie entre le 21 mars et le 3 avril 1992. Il a constaté qu'il faudrait que le contingent canadien au sein de la mission des Nations Unies soit complètement autonome. Il y avait très peu de soutien sur place, pratiquement aucune infrastructure dans certaines régions du pays, une pénurie des produits de base et peu de maisons de commerce qui offraient des approvisionnements dans ce milieu en proie à l'anarchie et parfois hostile. En dépit de cette analyse, on a fait preuve de naïveté dans les plans. Par exemple, même si peu d'entreprises étaient opérationnelles, l'équipe de reconnaissance a conclu qu'il ne fallait apporter que des véhicules légers du Canada. Les plans prévoyaient qu'on pouvait louer des véhicules, mais ceux qu'on a loués sur place au début étaient en piètre état. Les plans prévoyaient qu'on aurait besoin de plus de 40 véhicules441, mais un compte rendu de situation daté du 19 novembre 1992 préconisait l'utilisation d'un nombre de véhicules pouvant aller jusqu'à 150442.
Malgré les maladies infectieuses endémiques, les spécialistes de la logistique s'attendaient à ce que le contingent s'approvisionne en poissons et en légumes sur le marché local. Ils ont considérablement sous-estimé les provisions en eau, soit seulement trois litres par jour pour la consommation personnelle et la cuisson, alors que chaque membre du contingent avait besoin en réalité d'un minimum de huit litres par jour.
Le port de Mogadiscio était intact, mais il n'offrait pas de services, et il fallait prendre des mesures de sécurité en raison de la présence de deux clans rivaux. L'aéroport avait besoin de réparations. Il fallait surveiller les véhicules de ravitaillement à cause des vols fréquents. On devait s'approvisionner en carburant diesel auprès de fournisseurs de Mombasa ou de Nairobi443. Les véhicules diesel réduisaient la variété et le volume des carburants et des lubrifiants nécessaires444, mais les produits achetés sur place étaient coûteux et souvent sales ou contaminés. Les plans prévoyaient qu'on n'aurait besoin que d'armes légères et qu'on n'utiliserait pas de munitions pour l'entraînement. De toute évidence, la transformation de la mission de maintien de la paix en mission d'imposition de la paix modifierait considérablement la quantité et le genre de munitions nécessaires.
Une deuxième mission des Nations Unies s'est rendue en Somalie du 4 au 17 août 1992, mais aucun des membres des FC n'en faisait partie, même si le groupe de la logistique et des communications s'est rendu dans il endroits de la Somalie, dont Bosaso et Belet Uen. Les principales conclusions communiquées au Canada ont confirmé les conclusions de la mission de reconnaissance de mars et d'avril445.
Dans son message du 16 novembre 1992,
le QGDN a désigné la BFC Petawawa et la BFC Halifax
comme bases de ravitaillement de l'opération « Cordon
». Le principal navire ravitailleur devait être le
NCSM Preserver446. La BFC Lahr, en Allemagne,
n'était plus une option. Selon la correspondance du QGDN
au cours de l'automne 1992, on avait clairement l'intention de
créer un élément de service national (ESN)447.
Il était prévu que l'ESN expédierait de l'équipement
et du ravitaillement aux unités canadiennes au moment de
leur réception en Somalie. Ce soutien de deuxième
et de troisième ligne compenserait la perte de capacité
logistique du RAC de l'été précédent.
Selon les lignes directrices des Nations Unies diffusées le il septembre 1992, chaque contingent devait disposer d'une réserve de rations mixtes et d'autres fournitures pour 60 jours. Les Nations Unies devaient reconstituer ensuite les stocks par voie maritime et aérienne448. Certaines des attentes suscitées par ces lignes directrices ne se sont jamais matérialisées. Par exemple, il était prévu que des tentes serviraient à loger les troupes au début, et qu'on les remplacerait par des logements préfabriqués449. Ces logements ne sont jamais arrivés, et la plupart des troupes ont vécu sous la tente pendant toute la mission. Les tentes, qui ne devaient être que provisoires, ne convenaient pas au climat désertique et n'avaient au début ni planchers ni éclairage intérieur.
Il y a eu des possibilités d'obtenir des renseignements. Du 23 au 25 septembre 1992, le col Houghton, le lcol Morneault et le col Cox sont allés au siège des Nations Unies où, en compagnie de représentants d'autres pays fournisseurs de contingents, ils ont été informés, en particulier au sujet de l'évolution de la situation en Somalie450. Du 12 au 18 octobre, le col Houghton a dirigé un groupe de reconnaissance de 17 personnes chargé d'évaluer la situation en Somalie et à Djibouti en vue de l'opération « Cordon ». Le groupe comptait des représentants du J3 Maintien de la paix, du J4 Opérations logistiques, du Quartier général du Commandement maritime et du Quartier général du Commandement aérien ainsi que le lcol Morneault du RAC451
Le 28 octobre 1992, le lcol Mathieu, nouveau commandant du RAC, a présenté un rapport concernant la visite de reconnaissance qui avait eu lieu en Somalie du 12 au 18 octobre, selon lequel les spécialistes de la logistique canadiens avaient cerné et abordé les problèmes de logistique éventuels452. La mission du Canada dans le cadre de l'opération « Cordon » consistait à maintenir la sécurité dans la zone nord-est de la Somalie, en particulier à Bosaso. Dans le cadre de l'opération « Cordon », le NCSM Preserver, après avoir jeté l'ancre au large du port de Bosaso, fournirait le ravitaillement sur le théâtre des opérations en raison de la piètre infrastructure de la Somalie453 et de l'absence d'un aérodrome adéquat à Bosaso pour le ravitaillement454. Selon le rapport du lcol Mathieu, des représentants du Commandement maritime avaient constaté que le port de Bosaso était trop petit pour accueillir un navire de la taille du NCSM Preserver; le port pourrait néanmoins recevoir un navire roulier455.
Le rapport laissait également
présager des problèmes concernant le soutien accordé
par les Nations Unies:
C'est le 61e jour qui nous préoccupe. Les discussions tenues avec les représentants administratifs des Nations Unies ne permettaient pas d'obtenir beaucoup de détails sur le soutien. Même si des concepts généraux étaient établis, il n'y avait pas de renseignements concrets sur le ravitaillement en rations, l'évacuation des blessés ainsi que l'essence, les huiles et les lubrifiants456. [Traduction libre]
Le rapport indiquait également que même si le camp de base canadien était en construction, le NCSM Preserver fournirait l'essence, l'huile et les lubrifiants, l'eau, l'entreposage de l'équipement et la liaison arrière457. On envisageait les modalités de transport des membres des FC en Somalie il fallait environ dix jours pour déployer le groupe d'avant-garde, le NCSM Preserver pouvait transporter 50 personnes du groupe d'avant-garde, et le gros des troupes devait arriver par avion et terminer le trajet en CC-130. Le NSCM Preserver offrirait tous les services et les installations nécessaires, mais ne pourrait ravitailler les troupes en fruits et légumes frais que pendant les sept premiers jours de l'opération458. Cela soulevait des problèmes de santé et de moral.
L'ordre d'opération de l'opération « Cordon » a été diffusé le 13 novembre 1992. Le principal secteur d'opération était Bosaso, le quartier général se trouvant à Mogadiscio, et le Commandement aérien devait assurer le transport aérien de soutien deux fois par mois à partir du Canada. Le 16 novembre, le NCSM Preserver transporterait du carburant, des rations fraîches, de l'eau et des fournitures médicales et offrirait d'autres services pour le camp de base de Bosaso comme il avait été convenu par le Quartier général du Commandement de la Force mobile et le Commandement maritime (COMAR) et coordonné par le QGDN et l'état-major du J3 Maintien de la paix459. Le groupe d'avant-garde et l'équipement arriveraient par avion à Bosaso en même temps que le NCSM Preserver. L'équipement principal serait envoyé sur un navire affrété par les Nations Unies pendant que les troupes seraient transportées au moyen d'un avion affrété par les Nations Unies. Le GTRAC serait redéployé avec l'équipement et du ravitaillement et des ressources de première et de deuxième ligne suffisants pour répondre à ses besoins immédiats. A compter de janvier, un CC-137 partirait deux fois par mois de Trenton (Ontario) pour apporter du ravitaillement. Le transport par avion sur les lignes commerciales a également été envisagé460. On avait besoin de repas préparés individuels pour 30 jours, et d'une réserve d'eau embouteillée pour 15 jours. On s'attendait à ce que des rations fraîches soient obtenues sur place lorsque des sources fiables seraient établies461.
Trois jours plus tard, on a déclaré qu'on était prêt pour l'opération en dépit des questions non réglées relativement à l'équipement462. Des pressions s'exerçaient déjà pour qu'on agisse rapidement. Le 26 octobre 1992, les Nations Unies avaient demandé que le groupe d'avant-garde et le bataillon d'infanterie du Canada soient déployés dès que possible463. Un détachement logistique maritime a été chargé de coordonner le soutien logistique et technique à partir de Nairobi ou de Mombasa et de fournir et de coordonner le soutien du déploiement par le NCSM Preserver464. Le gros des troupes du bataillon pouvait être déployé le 20 décembre 1992 à deux conditions: les Nations Unies devaient fournir un navire roulier dans le port de Montréal le 16 novembre 1992 et elles devaient assurer le transport aérien stratégique et tactique nécessaire à destination de Bosaso465.
Le NCSM Preserver est arrivé
au large du port de Mogadiscio le 12 décembre 1992, deux
jours avant l'arrivée par avion du groupe d'avant-garde.
En raison de l'urgence des préparatifs,
le déploiement a été gâché par
de mauvaises communications, une planification insuffisante, une
piètre organisation et une comptabilité du ravitaillement
inadéquate. Par exemple, au cours du week-end suivant l'ordre
d'avertissement au sujet de l'opération « Cordon »,
le commandant du RAC avait établi un tableau d'effectifs
et de dotations (TED) exhaustif. Toutefois, quand l'opération
« Deliverance » a commencé, aucun nouveau TED
n'est apparu. Voici un autre exemple : selon un compte rendu de
situation daté du 2 octobre 1992, 30 véhicules blindés,
41 camions (VLMR) et 31 véhicules de combat utilitaires
commerciaux avaient fait l'objet des procédures du groupe
d'aide au départ. L'ordre d'avertissement du Commandement
de la Force terrestre avait limité le nombre de véhicules
envoyés en Somalie à 150466. Comme le
RAC ne disposait pas d'une flotte motorisée considérable,
d'autres unités devaient fournir les véhicules destinés
à la Somalie. Selon le compte rendu du 2 février
1993 du bgén Beno concernant l'opération «
Cordon » et l'opération « Deliverance »,
le 1er Bataillon du Royal Canadian Regiment
avait cédé ses véhicules blindés pour
équiper le RAC, ce qui avait eu des effets négatifs
sur son moral467. La composition
de la flotte de véhicules n'a pas été finalisée
rapidement, parce que l'état-major supérieur
y a ajouté des véhicules spécialisés.
Même si le tableau des mouvements et transports aurait dû
être terminé, il a continué de subir des modifications
une grue de 60 tonnes et d'autres équipements, considérés
au début comme inutiles par le RAC, devaient s'ajouter
à la liste468.
Par suite de l'augmentation du nombre des effectifs, qui sont passés de 750 à 900 personnes, le ravitaillement prévu au départ est devenu insuffisant Lorsque la mission s'est déplacée de Baledogle à Belet Uen, on a commencé à y déployer le gros des troupes le 28 décembre 1992, et le déploiement s'est poursuivi jusqu'au 4 janvier 1993. Il s'agissait alors de déterminer la façon de décharger le matériel du NCSM Preserver et de le transporter vers le nouvel endroit. Le 19 décembre, il est devenu évident que le GTRAC assumerait fort probablement des responsabilités à plus long terme concernant le secteur de secours humanitaire à Belet Uen469. D'après un compte rendu de situation établi le jour suivant, le GTRAC serait déployé, sans ses véhicules, à Belet Uen au plus tard le 2 janvier 1993470.
Tant dans le cadre de l'opération « Cordon» que dans celui de l'opération « Deliverance », le NCSM Preserver devait jeter l'ancre à quelques milles des ports de Bosaso et de Mogadiscio respectivement471. Divers équipements essentiels qui étaient trop volumineux pour entrer dans un CC-130 ont dû être transportés par le NCSM Preserver. Lorsque le NCSM Preserver est arrivé à Mogadiscio, ses trois hélicoptères Sea King et ses deux petits aéronefs ont transporté le ravitaillement à terre472. Dans le cadre de l'opération « Cordon », l'emplacement du camp de base canadien n'aurait été qu'à trois kilomètres de la côte473; néanmoins, pour l'opération « Deliverance », les spécialistes de la logistique ont d'abord dû envisager le transport du ravitaillement du NCSM Preserver à Baledogle, soit à près de 100 kilomètres de la côte. Après le choix de Belet Uen, le seul itinéraire de ravitaillement disponible était une route peu sûre de 350 kilomètres qui partait de Mogadiscio. Les problèmes étaient d'autant plus complexes qu'aucune reconnaissance de l'endroit proposé n'avait eu lieu.
Le 8 décembre, trois jours après l'ordre d'avertissement du QGDN, le Canada a conclu un protocole d'entente avec les États-Unis en vue d'un soutien mutuel et a convenu de ne ménager aucun effort, conformément aux priorités nationales, en temps de paix, en cas d'urgence et en cas d'hostilités, pour répondre aux demandes de l'autre participant en matière de soutien logistique, de ravitaillement et de services474. On ne savait toutefois pas exactement quel soutien logistique les États-Unis fourniraient. Les officiers canadiens et américains se sont réunis à Camp Pendleton (Californie) les 14 et 15 décembre pour en arriver à un accord sur ce que les États-Unis fourniraient475. Selon le rapport du maj N.C. Heward, le groupement tactique canadien devait être autonome pendant 60 jours d'opérations; le soutien à tous les échelons proviendrait des ressources canadiennes et américaines sur le théâtre des opérations dès qu'elles seraient disponibles476. Le 18 décembre, il semblait probable que, lorsque le navire de charge atteindrait Mogadiscio, le U.S. Marine Force Service Support Group aiderait le GTRAC à transporter les conteneurs de transport maritime à Baledogle477.
Le tableau des mouvements et transports du groupe de travail de l'opération « Cordon » devait préciser comment charger les navires; seuls les petits changements d'ordre pratique justifiés étaient pris en considération. Le personnel et le ravitaillement supplémentaires dont on avait besoin pour l'opération « Deliverance » seraient transportés entièrement sur un troisième navire ou par navire et par avion478. Selon le plan logistique pour Baledogle, des avions CC-130 du théâtre d'opérations, dont le port d'attache se trouvait à Nairobi, devaient transporter du ravitaillement de Mogadiscio à Baledogle; dès leur arrivée par bateau, les véhicules canadiens devaient se rendre également à Baledogle479. Le 1er janvier 1993, la U.S. Army Force, y compris le commandement de soutien de la 10 Mountain Division et le commandement de soutien du 13 Corps, commencerait à arriver. Après la mi-janvier, les moyens de transport des États-Unis répondraient aux besoins du Canada480 Un vol de ravitaillement militaire continuerait de livrer du matériel pour répondre aux besoins particuliers du Canada toutes les deux semaines, et le transport commercial, par bateau ou par avion, compléterait ces livraisons481.
Le 27 décembre, le Canada avait
organisé provisoirement une zone de transit pour l'entreposage
des conteneurs de transport maritime à l'aérodrome
de Mogadiscio; la coordination avec les U.S. Navy Seabees en vue
de préparer la zone de transit avait déjà
eu lieu. La zone de transit devait être prête au plus
tard le 5 janvier 1993482. Entre le 28 décembre
1992 et le 4 janvier 1993, le gros des troupes du GTRAC a été
déployé à Belet Uen. Au cours de cette période,
51 CC-130 transportant du personnel, de l'équipement et
du ravitaillement de Mogadiscio et de Baledogle sont arrivés
à Belet Uen. Une importante unité de contrôle
de l'aérotransporté de Nairobi a envoyé des
équipes aux trois aérodromes pour soutenir le chargement
et le déchargement des avions. Les renseignements sur les
heures d'arrivée étaient imprécis, et le
contenu de nombreux chargements constituait une surprise483
Les navires approchaient la Somalie et devaient être déchargés
dans le port de Mogadiscio du 5 au 7 janvier.
Le troisième navire devait arriver à Mogadiscio
entre le 19 et le 26 janvier484.
Les spécialistes et le personnel de la logistique ont fait de leur mieux dans les circonstances. C'est bel et bien grâce à eux que le ravitaillement et l'équipement sont parvenus aux troupes et que le soutien logistique s'est effectué autant que c'était humainement possible. Les difficultés étaient attribuables en grande partie au changement précipité de la mission et du secteur d'opération sans qu'on ait eu le temps d'assimiler les changements et de reconsidérer les plans, au manque de communication entre les divers et nombreux quartiers généraux et à l'intervention excessive de l'état-major supérieur, qui n'a pas compris la nécessité d'un concept clair et simple des besoins à satisfaire. Tous ces facteurs ont obligé le personnel de la logistique à réagir constamment.
Les lacunes les plus graves de la planification du soutien logistique résultaient des pressions exercées pour qu'on entreprenne l'opération à deux semaines d'avis seulement. On n'a pas eu le temps d'informer les spécialistes de la logistique au sujet des objectifs opérationnels. Aucun nouveau plan logistique n'a été conçu pour l'opération « Deliverance »; on s'est contenté tout simplement d'adapter l'opération « Cordon ». L'adaptation des procédures, des concepts et de l'infrastructure de l'opération « Cordon » était logique jusqu'à un certain point, mais le fait de surimposer un plan de mission sur un autre, sans analyse ou révision en profondeur de la politique, ne l'était pas. Une bonne planification logistique se doit d'être proactive. La planification de l'opération « Deliverance » a été faite en deux semaines alors qu'on a consacré trois mois à planifier l'opération « Cordon ».
La distance à franchir entre le Canada et Belet Uen pour assurer les communications et le ravitaillement - la distance la plus longue depuis la Guerre de Corée, il y a 40 ans - ajoutait à la complexité due aux changements apportés à la mission et à l'emplacement485.
Le camp du GTRAC était situé à une distance de plus de 350 kilomètres du quartier général de Mogadiscio. La route qui l'y reliait était dangereuse et le terrain inhospitalier. Le NCSM Preserver, principal fournisseur du GTRAC, était trop éloigné pour être en mesure d'effectuer rapidement les livraisons. L'opération « Cordon » devait être une mission administrative alors que l'opération « Deliverance » avait un but tactique. Il était trop tard pour déplacer les réserves et l'équipement en vue d'une action tactique486.
L'exécution de la mission était également complexe parce qu'on ne s 'était jamais fait une idée claire des besoins. Rien n'était simple dans les communications de haut en bas de la chaîne de commandement. On ne tenait pas compte des spécialistes de la logistique du GTRAC lorsqu'ils indiquaient l'équipement dont ils auraient besoin et la façon de l'emballer. On n'a pas consulté le personnel du J4 Logistique pour l'opération « Deliverance » et on ne lui a pas demandé de formuler un plan de déploiement logistique. De nombreux niveaux de l'état-major se sont substitués les uns aux autres pour donner des ordres, d'où les piètres procédures de comptabilité du ravitaillement, l'envoi d'équipement défectueux et la réception d'équipement endommagé sans qu'il y ait des techniciens en nombre suffisant pour réparer le matériel. Il y avait peu de coopération entre les divers personnels de la planification. Il était difficile de savoir qui devait établir les priorités. Il y avait trop de micro-gestionnaires et on ne faisait pas assez appel aux officiers de liaison de la logistique.
L'autonomie a constitué une
préoccupation dès le début. Comme il s agissait
d'une mission de l'ONUSOM, il fallait qu'on dispose de ressources
essentielles pour 60 jours. Cependant, on s'inquiétait
toujours de savoir qui fournirait le ravitaillement à partir
du 61e jour. Lorsque la mission est
devenue une opération dirigée par les États-Unis,
on n'a pas fait de prévisions quant aux ressources et au
ravitaillement nécessaires. Il n'y avait pas de système
de ravitaillement continu. On avait prévu un budget de
ravitaillement et d'équipement pour 750, et non pour 900
personnes. L'élément de soutien national de la mission
avait été supprimé en raison de la limitation
des effectifs. Le GTRAC a été déployé
sans soutien logistique de deuxième ou de troisième
ligne; on a supposé à tort que le commando des services
du RAC pourrait remplir le rôle de façon satisfaisante.
Cela s'est avéré impossible par la suite, car le
Commando des services a été submergé par
les 384 conteneurs de transport maritime immobilisés au
large du port de Mogadiscio. Cette erreur de planification stratégique
a été corrigée seulement lorsque l'élément
de soutien national est arrivé en Somalie en mars 1993.
Les rations ont été considérablement sous-estimées. Lorsque l'opération « Deliverance » est devenue une mission dirigée par les États-Unis, trois problèmes se sont posés. Premièrement, les spécialistes de la logistique n'avaient établi aucun plan de contingence pour le 6le jour et s'attendaient à ce que les Nations Unies s'occupent du ravitaillement. Deuxièmement, il y avait des rations de campagne pour 750 personnes, et non pour 900 personnes. Troisièmement, il était entendu que peu après le déploiement, les troupes commenceraient à recevoir des rations fraîches.
Résoudre les problèmes équivalait à devenir dépendant des forces armées américaines qui avaient amené une grosse réserve de rations de campagne. Le maj Gillam a acheté une partie de ces vivres pour nourrir les troupes canadiennes et pour servir de réserve jusqu'à ce que le navire d'approvisionnement arrive à la fin de janvier. La promesse de rations fraîches dans les trois semaines suivant l'arrivée du navire ne s'est jamais matérialisée; c'était le plus long déploiement des FC avec seulement des rations de campagne, et cette situation affectait clairement le moral. Une combinaison de facteurs a été fournie comme explication: la configuration du camp ne permettait pas la préparation quotidienne de rations fraîches, il n'y avait pas assez de cuisiniers pour le volume de rations, il n'y avait qu'une seule installation de cuisine et de restauration et il n'y avait pas de climatisation ni de réfrigération adéquate pour éviter l'altération des aliments487. Des conteneurs maritimes ont été retrouvés plus tard à Mogadiscio avec des rations fraîches qui n'avaient jamais été distribuées488. Bien que de la viande, du fromage et des fruits aient commencé à arriver de Nairobi en février489, le 2e Commando n'a pas reçu son premier repas chaud avant le 29 mars490. Il régnait une certaine rancoeur parmi les troupes relativement à l'absence de nourriture fraîchement cuisinée. Dans son témoignage, l'adjum Amaral a expliqué comment les membres du GTRAC comparaient leur situation à celle du contingent italien qui avaient constamment de la nourriture fraîche et une cuisine qui fonctionnait491.
Il n'y avait que pour 14 jours de menus de rations de campagne, et la variété des repas était insuffisante pour une mission de six mois. Une partie de ces repas prévoyait répondre aux exigences alimentaires des conditions de l'Arctique (le café n'étanchait guère la soif, la viande séchée était trop salée et les tablettes de chocolat fondaient à la chaleur). Les soldats devaient demander à leur famille de leur envoyer par courrier des articles plus appropriés, comme des suppléments de pâtes et des soupes déshydratées492 Les conditions de stockage laissaient à désirer, et plusieurs rations individuelles se sont gâtées après avoir été laissées sur des palettes au soleil. Il a fallu retirer près de 6 000 petits déjeuners et dîners qui faisaient partie des rations quand des soldats qui en avaient mangé le contenu altéré sont tombés malades493. Sur les 20 unités de réfrigération envoyées en Somalie, 18 n'étaient pas en état de fonctionner avant de quitter le Canada, toutes sont arrivées en mauvais état et seulement dix d'entre elles ont pu être mises en service494.
Les prévisions quant aux besoins en eau se sont révélées incorrectes. Il y a eu des pénuries d'eau importantes au début, et il a fallu limiter la consommation d'eau par crainte d'en manquer495. À l'arrivée à Belet Uen, ne sachant pas combien d'eau ils pouvaient boire et combien ils devaient économiser, certains soldats ont souffert de déshydratation et se sont évanouis durant la marche de six heures jusqu'à l'emplacement du camp effectuée sous la chaleur, le jour496. Ce n'est que dix jours après l'arrivée qu'il y a eu suffisamment d'eau pour se laver497.
Là encore, les forces armées
canadiennes dépendaient des forces armées américaines
pour obtenir de l'eau propre. Les unités de production
d'eau par osmose inverse ne sont arrivées du Canada qu'à
la mi-janvier498 et la qualité de l'eau potable
laissait à désirer499. Initialement,
il n'y avait aucun moyen de refroidir l'eau, aussi les soldats
la buvaient sans qu'elle soit réfrigérée
-- alors que la température ambiante était de 45°C500.
Le meilleur exemple de l'absence d'un concept clair de la mission est peut-être la quantité insuffisante de matériel envoyé en Somalie. Certains articles étaient prévus pour les conditions arctiques. Les tentes de couleur sombre absorbaient la chaleur solaire, elles n'avaient aucun écran ou côtés amovibles pour laisser passer l'air frais; le fait de laisser les auvents ouverts pour obtenir de la ventilation laissait la poussière entrer dans les tentes501. Pour s'éclairer, il n'y avait que des bougies prévues pour l'Arctique, qui étaient trop molles et brûlaient donc trop rapidement. Les poêles prévus pour l'Arctique ne pouvaient pas être utilisés car il n'y avait pas de naphte502. Trois missions de reconnaissance avaient constaté que les conditions étaient désertiques, de sorte que des tenues d'été et de l'équipement pour le désert auraient dû être commandés bien plus tôt, étant donné les longs délais requis pour les commandes spéciales. Dans son témoignage, le maj Mansfield a décrit ses plans qui auraient permis d'acheminer du matériel supplémentaire pour que les troupes jouissent d'un plus grand confort, mais le QGDN s'y est opposé. Les planificateurs étaient davantage préoccupés par les besoins immédiats que par l'élaboration d'un plan complet sur six mois503
La sécurité était compromise par l'absence de fusées éclairantes, d'éclairage de tente et de fils barbelés pour le périmètre. Des fusées éclairantes étaient utilisées comme signaux d'avertissement autour du périmètre du camp et ne pouvaient servir plus d'une fois, ce qui causait un problème permanent de remplacement. Les stocks à bord du Preserver ont été rapidement épuisés, de sorte qu'il fallait continuellement passer de nouvelles commandes504. Durant la période antérieure au déploiement, le maj Seward a demandé à l'adjum Amaral de commander des projecteurs pour éclairer le périmètre. Une fois dans le théâtre d'opérations, l'adjum Amaral a continué de demander des projecteurs, mais le 2e Commando n'en a jamais reçus505. Une importante erreur dans les prévisions a résulté en un manque de fils barbelés pour le périmètre; ces fils barbelés avaient été commandés en fonction des dimensions du camp de Bosaso où la menace était jugée moins importante506.
La FICS s'est déployée avec un stock de munitions prévu pour 30 jours, selon l'échelle de faible intensité de l'OTAN, conformément aux modifications apportées par le Quartier général du Commandement de la Force terrestre et approuvées par le QGDN507, mais ces munitions n ont pas été envoyées en même temps que les troupes, qui sont arrivées sans munitions dans un environnement potentiellement hostile508. Le maj Pommet a noté dans un rapport en date du 17 avril 1993 que, lorsque les troupes sont arrivées à Mogadiscio sans leurs munitions, le personnel de transport voulait les envoyer à Belet Uen « les mains vides ». Un commandant de peloton a remédié à cette situation509.
De nombreuses autres fournitures manquaient
pour diverses raisons. Les troupes avaient reçu à
l'origine des casques d'acier qui se sont avérés
trop chauds dans le désert et qui n'étaient pas
à l'épreuve des balles510.
Lorsque les casques en Kevlar sont arrivés, il n'y en avait
pas assez pour tous. A cause du manque d'information disponible,
il y avait peu de cartes et celles qui ont été remises
aux patrouilles étaient mal tracées et inexactes511.
Les patrouilles ont bientôt appris à se déplacer
de mémoire512.
Lorsque l'opération « Cordon » a été déclarée prête sur le plan opérationnel, on a signalé qu'il y avait toujours des questions d'équipement non réglées. Or, le problème était beaucoup plus grave. La planification des véhicules fait état du manque d'organisation et de la confusion qui ont accompagné la transition d'une mission à l'autre. Étant donné que les effectifs du RAC avaient été réduits, le rééquipement total de ces véhicules blindés et une certaine restructuration des véhicules étaient nécessaires.
Dans son témoignage, le maj Kampman a décrit les préparatifs de son escadron comme un « chaos contrôlé ». Il s'est dit préoccupé par le fait que les troupes étaient sous-équipées et a signalé qu'il devait deviner la quantité de munitions, de carburant, d'armes et de matériel auxiliaire à expédier avec les chars Cougar. Comme il n 'était pas prévu que les chars Cougar seraient déployés, personne n'avait préparé un tableau d'équipement de campagne pour un escadron opérationnel de chars Cougar513. Le maj Kampman a déclaré que seulement 30 à 40 p. 100 des véhicules étaient complètement opérationnels avant le déploiement. Pour ajouter à cette confusion, l'escadron ne disposait que de quelques heures pour dresser sa liste de matériel et de fournitures, qui a dû être envoyée d'urgence au quartier-maître514. D'autres matériels ont été ajoutés à la liste à la dernière minute. Même après que les tableaux des mouvements et transports de la force opérationnelle aient été présentés, le Quartier général supérieur a insisté pour ajouter de l'équipement spécialisé à la dernière minute, comme une grue de 60 tonnes dont le GTRAC avait déjà décidé qu'il n'avait pas besoin515. Cela a forcé le GTRAC à réduire le nombre de ses véhicules pour respecter la limite de 150 véhicules qui lui avait été imposée. Cela signifie aussi que les tableaux des mouvements et transports sont devenus inexacts et ont cessé d'être utiles. Avec tant de quartiers généraux en cause, le Quartier général de la Force d'opérations spéciales n a pas été tenu au courant de ces changements516.
Le transport des véhicules n'a pas été coordonné avec le déploiement du gros des troupes. Les véhicules sont arrivés entre le 10 et le 15 janvier, ce qui signifie que les premières patrouilles de sécurité du GTRAC ont dû se faire à pîed517. Étant donné qu'il n'y avait pas assez de véhicules pour transporter les approvisionnements canadiens de l'aérodrome de Belet Uen à l'emplacement du camp, il a fallu louer des camions sur place518. Lorsque les véhicules sont arrivés, bon nombre d'entre eux nécessitaient des réparations immédiates et certains étaient inutilisables à cause des dommages causés par les tempêtes durant la traversée de l'Atlantique519.
Un problème ne faisait qu'empirer l'autre. Étant donné les suppressions et les ajouts constants à la liste des véhicules, même après la finalisation présumée des tableaux des mouvements et transports, les quantités et les types appropriés de pièces de rechange n'ont pas été envoyés520. Cela a eu des effets particulièrement dévastateurs pour les Grizzly, qui ne convenaient pas au terrain accidenté et poussiéreux du désert et nécessitaient des réparations. Or, on avait envoyé les mauvaises pièces de rechange. Les réparations qu'on aurait pu effectuer avant le déploiement n'avaient pas été faites, car les outils de l'armurerie du régiment avaient déjà été emballés et aucune mesure n'avait été prise pour emprunter des outils auprès d'une autre unité. Comme le maj Pommet l'a noté: « Nous observons la mentalité du temps de paix -- c'est-à-dire, effectuer les réparations une fois sur place »521
Il a fallu réparer certains
des véhicules dès leur déchargement. Le sgt
Hobbs (superviseur de la maintenance, Royal Canadian Dragoons)
a témoigné que, lorsque l'ordre d'avertissement
avait été donné le 4 décembre, tous
les véhicules avaient été jugés «
prêts au combat », même si de nombreuses réparations
étaient requises et ne pouvaient être terminées
avant le chargement des véhicules, le 18 décembre522.
En fait, avant l'ordre d'avertissement, le parc de véhicules
blindés était en si mauvais état qu'il a
fallu démanteler deux escadrons pour former un escadron
entièrement opérationnel pour le déploiement523.
Le manque de pièces de rechange
et le mauvais état des véhicules ont naturellement
eu une incidence sur la maintenance. La chaleur, la poussière
et les mauvaises routes ont été la cause de pannes
fréquentes. Au cours de la mission, il a fallu remplacer
120 pneus crevés par les grosses épines des plantes
locales524. Les véhicules avaient
besoin de réparations quotidiennes mais, à cause
de la réduction des effectifs, le peloton de maintenance
n 'était pas assez nombreux pour faire face aux réparations
continues et effectuer également les missions de patrouille
quotidiennes525.
Le manque d'organisation et la précipitation ont caractérisé les préparatifs pour l'opération « Deliverance ». Par conséquent, plusieurs étapes clés de la planification ont été ignorées. Les leçons tirées de la préparation de l'opération « Python » n'ont pas été étudiées, soit le manque de renseignements communiqués aux planificateurs de la logistique, le manque de reconnaissance du lieu proposé pour le camp, le manque de renseignements logistiques sur les zones d'opération, la non-participation du personnel logistique à la planification du déploiement et les évaluations inadéquates de l'approvisionnement. Il y avait eu peu de communications avec les spécialistes du transport pour évaluer les aérodromes de Mogadiscio et de Belet Uen et les systèmes de transport intérieur. En fait, les priorités d'acheminement logistique auraient dû être établies dès le début et mises à jour régulièrement au fur et à mesure du déroulement de l'opération.
Une des principales conséquences du déploiement précipité a été que les tableaux des mouvements et transports et les tableaux d'organisation et de dotation étaient mal documentés. Il était indispensable d'établir le nombre de conteneurs maritimes requis pour déterminer les besoins en transport, l'équipement à emballer et charger et l'ordre de chargement. Or, à cause de l'ajout continuel de grandes quantités de nouveaux articles et de leur chargement précipité dans les conteneurs maritimes, il a été difficile de procéder à un décompte précis et d'assurer que le chargement se faisait dans le bon ordre526. Le compte rendu du 21 mars 1995 critiquait cette manière de procéder. Bien que le GTRAC ait été informé de l'importance de tenir une liste détaillée de ce qui était chargé dans les conteneurs, des conteneurs entiers étaient apparemment « remplis de 20 000 livres d'articles regroupés sous la rubrique "fournitures militaires" » ; l'identification de leur contenu a donc coûté du temps et des efforts et causé des retards dans la réception des approvisionnements. La liste du matériel de l'opération « Cordon » n'a jamais été vérifiée pour en supprimer ce qui était inutile après que la mission se soit déplacée à Belet Uen. Aucune vérification n'a été effectuée par le personnel du QGDN pour étudier les besoins nouveaux découlant du transfert de Bosaso à Baledogle puis à Belet Uen527.
C'est le manque de communication entre le personnel de l'unité des mouvements à l'étranger des Forces canadiennes et le GTRAC qui est en cause. Un compte rendu du 2 février 1993 ajoute une autre dimension: lorsque les membres du RAC ont essayé de donner des conseils sur la façon de charger le navire, ils ont été ignorés par le personnel de l'unité des mouvements à l'étranger528.
Afin de réduire la confusion causée par la mauvaise qualité de l'inventaire, le quartier-maître du GTRAC a mis en place un système de repérage manuel. Il s'est révélé quelque peu inefficace à cause des délais impartis pour le chargement. Du matériel a été expédié directement en Somalie sans que le bureau du quartier-maître n'en soit informé et n'a donc pas été ajouté à l'inventaire, Même si ces articles sont arrivés à destination, il y avait trop peu de techniciens en approvisionnement pour en assurer la comptabilité en raison d'un manque d'organisation de deuxième et troisième ligne529.
De nombreuses difficultés causées par la mauvaise planification logistique auraient pu être évitées s'il y avait eu davantage d'intégration et de coopération entre les personnels des mouvements et de l'approvisionnement durant la phase d'avertissement. Du matériel et de l'équipement ont été perdus non seulement à cause de manifestes inexacts et non mis à jour régulièrement, mais aussi à cause d'un manque de communication à tous les points, du chargement au déchargement, d'un manque de visibilité du matériel après qu'il a été confié à un transporteur commercial et de documents mal adressés530. Ce dernier problème a été à l'origine d'un travail supplémentaire de déchargement et de réemballage pour le personnel du GTRAC, qui a parfois reçu du matériel de Nairobi adressé au quartier général de la FICS à Mogadiscio, parce que ces fournitures avaient été mises sur la même palette que des articles destinés au GTRAC531. Les palettes elles-mêmes n'étaient pas de la bonne taille, entraînant des difficultés de transfert du Preserver aux CC-130. Même le déchargement a été ralenti par le manque de techniciens des mouvements ou de personnel des mouvements aériens - victimes du plafonnement des effectifs. Le déchargement a été fait manuellement par l'équipage du Preserver532.
Le manque de services de soutien au
combat a gâché l'arrivée initiale des troupes
et de l'approvisionnement en Somalie. Il n'y avait personne pour
effectuer le repérage des mouvements des approvisionnements
et de l'équipement ou pour les livrer sur les lieux de
la mission. Le débarquement des troupes a été
tellement désorganisé que personne n'avait pensé
à les nourrir à l'arrivée et avant qu'ils
n'entreprennent leur première marche, sans avoir pu s'acclimater,
en plein soleil. Ce n'est qu'après l'intervention improvisée
du personnel du maj Gillam que les troupes ont reçu à
manger et à boire avant de poursuivre leur marche533.
Une bonne planification nécessite
une coopération étroite, dès le début,
entre le personnel opérationnel et le personnel logistique,
qui doivent comprendre le concept opérationnel original
et participer à son évolution. Ce principe fondamental
de planification logistique n'a pas été suivi dans
l'opération « Python » et a été
oublié durant l'opération « Deliverance ».
Un compte rendu du 21 mars 1995 recommandait que toutes les activités
auxquelles participent des membres du J3 Opérations devraient
également inclure des membres du J4 Logistique534.
Il y aurait eu une meilleure communication s'il y avait eu davantage
d'officiers de liaison du quartier général pour
coordonner les efforts entre les planificateurs à divers
niveaux et d'un bout à l'autre de la chaîne de commandement.
Des agents de liaison du GTRAC et du QGDN ainsi que des quartiers
généraux du J3 Opérations, du J4 Logistique
et du J4 Matériel auraient dû être présents
durant les phases de planification, d'avertissement et de déploiement535.
Le manque de communication et de coordination a eu de graves conséquences sur le plan opérationnel. Lorsque le Preserver a pris la mer, il ne disposait pas des cartes militaires nécessaires. En outre, les ordinateurs télétypes de l'armée et de la marine étaient incompatibles, à cause d'une mauvaise communication entre l'équipage du navire et le personnel de planification. Il y avait constamment des conflits dans la prise de décisions entre les unités principales (le Preserver et le GTRAC) et la hiérarchie des états-majors (quartiers généraux du Commandement de la Force terrestre, du Secteur militaire du Centre et de la Force d'opérations spéciales) participant à la planification536. La confusion régnait quant aux ordres à suivre. Par exemple, les quartiers généraux du SCFT et du CFT ont confirmé très tôt quelles étaient les fournitures à charger sur le NCSM Preserver. Celles-ci devaient être expédiées directement à Halifax, mais lorsque le quartier général de la FOS a constaté plus tard que cela n'était pas possible, certaines fournitures se sont retrouvées à Petawawa537.
À d'autres moments, le jugement du GTRAC a été mis en doute en ce qui concerne son choix de matériel de déploiement, particulièrement sa décision d'emporter des générateurs électriques538. Les priorités pour le chargement de la cargaison n'ont pas cessé de changer. Il y a eu peu de coordination dans la détermination des articles de haute priorité pour le Preserver ou pour le transport aérien. On ne consultait pas souvent le GTRAC quand on dressait la liste des priorités et habituellement on ne l'informait pas de l'équipement et des fournitures qui devaient être déclassés539. Il n'y avait aucun élément de soutien national pour se charger du repérage et du chargement des marchandises et pour en assurer la surveillance et l'évaluation.
Durant les journées frénétiques
qui ont suivi l'ordre d'avertissement et précédé
le chargement des derniers articles, il y a eu des critiques au
sujet des ordres confus, des directives erronées et de
la microgestion. L'unité de maintenance des véhicules,
par exemple, disposait de seulement sept jours pour réparer
les véhicules en mauvais état pour l'Escadron A,
et elle était irritée d'avoir à interrompre
cette tâche urgente pour dresser des comptes rendus de situation
détaillés sur les progrès réalisés540.
Trois manquements importants en matière de leadership peuvent être identifiés dans le domaine de la planification logistique. Premièrement, des planificateurs logistiques n'ont pas été envoyés pour assurer la liaison avec les forces armées américaines avant le déploiement. Deuxièmement, peu d'études logistiques ont été consacrées à la décision de transférer la zone des opérations de Bosaso à Baledogle, puis à Belet Uen. Troisièmement, la nécessité qu'un élément de soutien national accompagne le GTRAC a été ignorée avant le début de la mission et durant les trois mois suivants.
Pour l'opération « Cordon », on a estimé qu'un soutien logistique suffisant avait été prévu, d'autant plus que le NCSM Preserver pouvait accoster à Bosaso. L'opération « Deliverance » a tout remis en question, causant ainsi une forte dépendance des troupes canadiennes vis-à-vis du contingent américain pour l'approvisionnement et le soutien logistique (des rations de campagne aux véhicules). Il n'y avait plus de chaîne logistique des Nations Unies pour réapprovisionner les troupes. Un protocole d'entente entre le Canada et les États-Unis a été signé et, le 14 décembre 1992, une équipe logistique du Quartier général de la Première division du Canada a été envoyée à Camp Pendleton pour mettre au point l'accord d'exécution541. Le col Furrie a témoigné qu'il n'y avait aucun officier supérieur de logistique dans les équipes envoyées à la base aérienne MacDill et à Camp Pendleton. Il s'agissait d'un oubli542.
Tout au long des phases de planification et d'avertissement pour l'opération « Deliverance », il y avait empressement à mettre la mission en marche, quel que soit l'état de préparation. Le 5 novembre, le col Furrie a envoyé aux quartiers généraux de niveau supérieur une note de service déclarant qu'il faudrait retarder la mission parce qu'il manquait beaucoup de matériel. Les stocks canadiens convenaient plus à un théâtre d'opérations européen qu'à un climat et un terrain désertiques, de sorte qu'il fallait plus de temps pour rassembler les articles nécessaires à la mission en Somalie543. Cet avertissement a été largement ignoré, et l'attitude téméraire a prévalu. La mission devait se dérouler comme prévu à moins qu'un « empêchement majeur » ne soit signalé. Les officiers supérieurs de logistique étaient d'avis que seul un facteur susceptible de compromettre la sécurité et le bien-être des troupes pouvait ralentir le déploiement. Le J4 aurait eu du mal à évaluer un tel impondérable puisque le bureau n a été informé du changement de mission que le 4 décembre544. Le maj Gillam a détecté de sérieux problèmes liés à la mission mais il n'a rien dit, car il croyait que le quartier général du SCFT ou le QGDN aurait, comme lui, prévu ces problèmes et y aurait remédié545.
Lorsqu'il a été prévu que le GTRAC serait déployé à Baledogle, on a planifié qu'il recevrait un soutien logistique de la U.S. 10th Mountain Division. Cependant, lorsque cette destination a été changée pour Belet Uen, l'évaluation logistique a été faîte au niveau opérationnel en Somalie, ce dont le QGDN n'a pas été informé. Le col Furrie a témoigné qu'il n'a découvert qu'après coup que la décision avait été prise. Il croyait que la décision du col Labbé de se rendre à Belet Uen n'avait jamais été étudiée par le QGDN546; autrement, le signal d'alarme aurait été donné en ce qui concerne le déplacement du GTRAC hors de la portée logistique de la 10th Mountain Division. Le maj Gillam était moins préoccupé par le déplacement jusqu'à Belet Uen que par le manque de soutien permanent de seconde ligne une fois arrivé au camp547. Néanmoins, il n'avait aucun « empêchement majeur » à signaler au col Labbé. Le col Labbé a témoigné qu'il avait examiné les options et qu'il considérait Belet Uen comme une option viable, même sans élément de soutien national. Il était préoccupé par les 350 kilomètres qui séparaient Mogadiscio de Belet Uen, mais il s'est assuré que le GTRAC recevrait un « service de première classe » et qu'il disposerait toujours d'approvisionnements de combat adéquats548.
S'il est de pratique générale d'envoyer une seule unité outre-mer avec un soutien intégré de deuxième et troisième ligne, comment se fait-il qu'on ait séparé l'unité de logistique du GTRAC? Si une unité de combat a besoin d'une aide logistique supplémentaire pour être autosuffisante, pourquoi cela a-t-il pris plus de trois mois pour qu'un élément de soutien national soit envoyé en Somalie? La réponse probable est que la limite fixée à 900 personnes ne laissait qu'une étroite marge de manoeuvre une fois que les effectifs de l'unité de combat et de ses escadrons et pelotons de soutien étaient ajoutés au total.
Une deuxième erreur de planification
a mené à l'hypothèse erronée selon
laquelle la petite unité du Commando de service pourrait
assumer toutes les responsabilités logistiques. Le maj
Gillam a suggéré un élément de soutien
national dès le début de la planification de l'opération
« Deliverance », mais le col Labbé
l'a informé que le lcol Mathieu lui avait assuré
que le Commando de service pourrait fournir un soutien adéquat549.
Personne au QGDN n'a pris le temps d'évaluer les conséquences
de cette décision ou d'envisager de faire de l'élément
de soutien national une unité entièrement distincte
du GTRAC550. Lorsque l'équipe d'aide au personnel
logistique est arrivée en Somalie le 19 février
1993, le lcol Carveth a évalué qu'il fallait absolument
augmenter la taille du soutien logistique de 60 p. 100 et a déclaré
que la mission serait en danger si on n'obtenait pas un soutien
adéquat551. Bien que le col Labbé ait
demandé un élément de soutien national le
19 janvier et qu'on ait formulé plusieurs autres demandes
en février, l'unité n'est arrivée
qu'au mois de mars.
L'emplacement et l'aménagement d'un camp militaire sont des considérations critiques pour le succès d'une mission et la sécurité du personnel. En se fondant sur la doctrine établie, les officiers supérieurs doivent décider où et comment construire le camp avec les moyens techniques et les ressources humaines à leur disposition. Si la question de l'emplacement du camp de Belet Uen n'est pas apparue comme un problème majeur lors de nos audiences, il était évident que son aménagement était cause de préoccupations pour bon nombre des soldats qui ont témoigné. En vue de l'opération « Cordon », les soldats avaient reçu leur entraînement dans un camp à implantation triangulaire (que certains qualifient de disposition défensive)552, et qui est considérée standard pour les opérations des FC. À leur arrivée à Belet Uen, ils ont trouvé un grand camp de forme allongée, qui s'étalait sur plus d'un mille de part et d'autre d'une route publique (voir la figure 25.5). De nombreux soldats ont exprimé leur inquiétude quant à l'effet négatif qu'un tel aménagement pouvait avoir sur le déroulement général des opérations. Rares étaient ceux qui étaient d'accord avec cet aménagement.
Notre examen des témoignages nous porte à conclure que cette disposition décentralisée a eu une incidence marquée sur le déroulement des opérations. Elle a influé négativement sur la sécurité, les procédures opérationnelles de base et la cohésion des troupes; elle faisait que certains secteurs étaient vulnérables à l'infiltration, elle a contribué aux pénuries de matériel et augmenté les risques de pertes causées par un tir ami.
Dans l'analyse qui suit, nous verrons comment ont été prises les décisions concernant l'emplacement et l'aménagement du camp, puis nous examinerons l'incidence de la disposition choisie sur les principaux éléments de l'opération, y compris les risques pour la sécurité et la sécurité des troupes, les pénuries de matériel et le moral. Nous terminerons par un bref résumé de nos conclusions.
Avant que les troupes n'arrivent à Belet Uen le 28 décembre 1992, il était prévu que le camp serait situé près de l'aéroport. La décision de l'établir plutôt à le site de Belet Uen reposait sur plusieurs facteurs. Premièrement, le terrain d'aviation était difficile a défendre contre les attaques militaires Deuxièmement, les lourds camions de ravitaillement en provenance de Mogadiscio devaient traverser le village pour arriver au camp situé à l'aéroport et s'exposaient ainsi au vol et à la violence. Troisièmement, il y avait des indices que le terrain d'aviation se trouvait dans une zone exposée aux inondations. Enfin, le GTRAC a pu obtenir un autre emplacement où se trouvaient déjà un certain nombre de structures553
Selon le témoignage du maj Mansfield, le commandant n'aurait
pas suivi le processus décisionnel normal pour choisir
l'emplacement du camp. La décision aurait été
prise à la suite d'une simple discussion entre un commandant
et ses conseillers d'état-major qui, de façon générale,
ont jugé le site adapté à la mission554.
L'emplacement aurait été choisi pour des raisons
tactiques plutôt que de sécurité. Un des facteurs
qui aurait influencé ce choix était que cet emplacement
permettait aux troupes canadiennes de contrôler d'importantes
routes et d'empêcher les contacts avec le général
Aydiid à Mogadiscio555. Malgré l'absence de processus
décisionnel, le choix de l'emplacement semble défendable
(surtout si on laisse de côté dans ce contexte la
question de la route qui divise le camp en deux). Mais même
si cette décision se défend, les motifs qui pourraient
la justifier ne s'étendent pas au choix de l'aménagement.
La tradition militaire retient cinq facteurs déterminants
pour l'aménagement d'un camp:
On a fini par choisir une disposition en petites sections distinctes éparpillées sur 1,5 kilomètre, soit un aménagement qui dispersait sensiblement les commandos (voir la figure 25.6 qui montre la longueur et la surface du camp par rapport à la superficie de Belet Uen). Une disposition en triangle, comme celle qui avait été utilisée pour l'exercice d'entraînement, aurait permis de concentrer l'ensemble du GTRAC dans un secteur protégé, avec un seul périmètre à défendre. Quels facteurs a-t-on pris en considération pour en arriver à un aménagement décentralisé, compte tenu du fait que les troupes étaient habituées à une disposition en triangle?
Tout d'abord, on a pensé que le camp de Belet
Uen ne serait pas permanent, et c'était là un élément
critique des plans initiaux:
Autre chose, c'est qu'au début, quand on a monté ces camps-là, je savais que [...]je m'attendais à ce que les camps ne soient pas permanents. En fait, on n'a pas été tellement pennanent556.
Le fait qu'il y ait déjà eu des structures en place dans certains secteurs est également entré en ligne de compte. L'emplacement des complexes du génie et des services était ainsi prédéterminé, puisque l'infrastructure était déjà prête557, et les autres camps ont été disposés autour de ces deux enceintes.
Enfin, les plans initiaux prévoyaient l'installation d'îlots de défense éparpillés de manière à minimiser le risque d'attaques de tir indirect558. On estimait qu'en effet en cas d'attaque contre un camp, les autres seraient protégés, contrairement à ce qui adviendrait d'un camp unique, jugé plus vulnérable aux tirs indirects.
Le lcol Mathieu trouvait la disposition en triangle trop grande (du moins pour ce qui était de la taille du bataillon en Somalie). Il estimait qu'une enceinte triangulaire ne convenait pas au matériel, aux véhicules et à un contingent de 900 personnes. De plus, ayant lu des documents selon lesquels les exercices conduits à Petawawa n'avaient pas été concluants, il a rejeté l'idée559.
Les témoignages ne permettent pas de déterminer si d'autres facteurs comme la disponibilité des ressources ou la cohésion, ont été pris en compte.
Le concept d'aménagement approuvé, l'emplacement de chacun des commandos a été décidé tandis que les troupes marchaient en direction de la Strada Imperiale. Chaque commando a choisi son propre endroit; c'était chacun pour soi. Le commandant n'a donné aucune instruction ni aucun ordre560. Le 2e Commando était d'abord censé partager une enceinte avec le 3e Commando, mais comme une partie du terrain appartenait à un propriétaire local, le 2e Commando a dû s'installer plus à l'ouest, au-delà du complexe du génie, des réservoirs de carburant et des hélicoptères561.
Les raisons avancées pour expliquer la disposition du camp sont peut-être valables, mais elles ne suffisent pas à nous convaincre que tous les facteurs pertinents avaient été pris en considération. A notre avis, il n'a pas été tenu compte d'éléments aussi critiques que la cohésion de l'unité et la disponibilité des ressources, tandis que d'autres facteurs, tel l'aspect sécuritaire, n'ont pas reçu l'attention voulue, ou comme dans le cas de la raison d'être du camp, ont été mal jugés.
De nombreux officiers et soldats qui ont témoigné lors des audiences ont vigoureusement critiqué, de plusieurs points de vue, la disposition du camp. La plupart s'étaient inquiétés de la sécurité, en raison du périmètre plus long qu'il faudrait protéger et de la vulnérabilité inhérente au passage d'une route publique ouverte au milieu du camp et à proximité d'installations vitales562. Certains étaient d'avis qu'il aurait été préférable de s'en tenir au plan prévu qu'ils s'apprêtaient à mettre à exécution, et plus précisément, à un « un seul grand camp »563
Le maj Mansfield, qui était d'accord avec le choix de l'emplacement, jugeait cependant l'aménagement inapproprié. Il avait retenu l'impression, suite aux discussions avec son supérieur, que le camp prendrait une forme de rectangle ou de boites564. Il a confirmé que la disposition en triangle ou en rectangle aurait été préférable à l'aménagement éparpillé :
Un camp unique, à forme géométrique, triangulaire ou rectangulaire, aurait compris tous ces éléments [simplicité, sécurité, économie d'effort, cohésion565]. [Traduction libre]
Bien que peu dispose a exprimer son avis, presse de questions, le lcol Moffat, chef des opérations du col Labbé, a déclaré que l'aménagement du camp n'était autre qu'un « aménagement de bivouacs le long d'une route, mais pas un poste défendu au sens propre »566
D'autres n'ont pas mâché leurs mots. L'adjum Amaral a déclaré: « C'est un plan stupide et qui n'a aucun sens »567. Le sgt Little a affirmé pour sa part qu'il a perdu tout respect pour son commandant essentiellement à cause de l'aménagement du camp, qui, a ses yeux, était « simplement ridicule. Il n'avait aucune valeur militaire. A mon avis, la manière dont le camp a été organisé était dangereuse568 ».
Le maj Pommet a exprimé ses critiques dans son rapport de mission rédigé en avril 1993. I1 y disait sa préférence pour une disposition triangulaire qui respectait les principes fondamentaux que sont la simplicité, la sécurité, l'économie d'effort, la cohésion du régiment et la défense du périmètre. Il mettait en doute les motifs de la décision, affirmant qu'ils lui semblaient attribuables strictement à la priorité que certaines organisations accordent au confort569.
Il n'est pas étonnant que de nombreux soldats aient jugé cet aménagement peu sécuritaire. Non seulement le camp s'étalait de part et d'autre d'une voie publique, mais des Somaliens et des réfugiés vivaient à proximité de bon nombre des enceintes individuelles. Sa forme allongée donnait un périmètre beaucoup plus long que ne l'aurait été celui d'un camp unique, et nécessitait donc beaucoup plus de fil barbelé pour protéger les secteurs ainsi que des effectifs considérablement plus nombreux pour les patrouilles. Objectivement, il est difficile de voir comment on pourrait en arriver à une autre conclusion.
Selon le lcol Mathieu, cet éparpillement rendait le camp moins vulnérable aux attaques indirectes en raison de ce qu'il a appelé « le soutien mutuel des soldats de toutes les sections de l'enceinte en cas de siège »570 Il estimait que cette dispersion augmentait la sécurité en raison de l'étendue du territoire et de l'approche d'accès au camp. Il a déclaré qu'avec un camp unique, lorsque l'ennemi s 'est ouvert une brèche, il est à l'intérieur du camp, tandis qu'avec une disposition comme celle-ci, si une section est prise, le camp tout entier ne tombe pas nécessairement571
Cet argument aurait pu paraître raisonnable si le tir indirect avait constitué la seule menace perçue, mais il est de toute évidence insuffisant, compte tenu des renseignements dont on disposait quant aux types d'activités et de menaces qui attendaient les troupes à Belet Uen. S'il est vrai que les renseignements reçus avant le déploiement laissaient sérieusement à désirer, il reste que les commandants et les officiers supérieurs étaient au courant du fait que le vol et l'utilisation d'armes légères étaient endémiques. On aurait dû considérer que le risque d'une fusillade à partir d'un véhicule traversant le camp était élevé. Le maj Pommet a exprimé son inquiétude à ce sujet et il a ajouté que le complexe du Commando des services et du génie était à la merci de grenades qui pourraient être lancées de la route qui le traversait. Quant aux voleurs et autres intrus, ils pouvaient facilement s'échapper par le village de réfugiés avoisinant572.
De plus, comme chaque commando devait assurer lui-même
la défense de son périmètre, il en résultait
une duplication des systèmes de défense et une utilisation
inefficace des effectifs. À ce
propos, le maj Vanderveer (commandant du Commando
des services) écrivait dans son rapport de mission:
Les lignes [de commando] distinctes ont augmenté les [besoins] d'effectifs affectés à la sécurité et causent en outre des problèmes relatifs à l'engagement. Un seul camp [de régiment] aurait permis d'atténuer le problème. En raison des [dépôts temporaires de munitions], des entrées et sorties et de la taille [du Commando des services] six [personnes] sont affectées en même temps à la sécurité [chaque] soir. Cela réduit le nombre [de personnes disponibles] pour assurer les fonctions [de soutien] aux [commandos de] fusiliers573. [Traduction libre]
Le maj Mansfield fait état de problèmes semblables. Le 4 mars, il a dû demander de l'aide pour assurer la sécurité au complexe du génie. Selon lui, les tours de garde empêchaient l'unité de génie de faire son travail574.
Le maj Pommet décrit très bien la situation
dans son rapport de mission:
Le régiment est actuellement dispersé en petits camps sur une distance d'un kilomètre et demi, ce qui pose des problèmes de communication, d'approvisionnement et de transport [...] La présence de plusieurs petits camps présente des problèmes de sécurité supplémentaires, notamment en ce qui concerne les tours de garde et les systèmes de défense qui sont dédoublés [...] Le problème découle directement d'une question de sécurité. Comme il y a plusieurs camps, les [commandos] doivent veiller à la sécurité de leur propre périmètre. Ils affectent donc un nombre considérable d'effectifs à la garde. De plus, avec une formation en triangle, les fusiliers étaient chargés d'assurer le service de sentinelle, ce qui laissait aux spécialistes [personnel médical, techniciens de véhicules] et ainsi de suite - le temps voulu pour s'acquitter de leurs fonctions premières, au lieu de monter la garde575. [Traduction libre]
Indirectement, la pénurie de fils barbelés a également nui à la sécurité d'un périmètre ainsi agrandi. Selon le maj Mansfield, le camp décentralisé était beaucoup moins sécuritaire en raison du manque de fils barbelés, et les soldats craignaient les attaques car ils savaient que leurs défenses étaient faibles à cause du manque de matériel. Qui plus est, on a choisi cet aménagement sachant que la menace était plus importante là qu'à Bosaso576
Le col Labbé était d'accord avec la décision, pensant qu'on avait pesé le risque d'une attaque militaire conventionnelle par rapport à la nécessité de se protéger des infiltrations de pillards et de saboteurs577. Nous avons trouvé son témoignage intéressé et peu convaincant, puisque son explication ne faisait que reprendre les raisons qu'avait données le lcol Mathieu.
L'aménagement n'était pas propice à la camaraderie et à la cohésion. Les trois commandos étaient éloignés l'un de l'autre, et les francophones du 1er Commando à l'écart des autres unités. Le maj Pommet a déclaré que le rassemblement des trois commandos «sous un même toit» aurait favorisé l'interaction578. Dans son rapport de mission, il faisait remarquer en outre qu'une disposition en triangle aurait permis d'installer un mess des officiers et un mess des sous-officiers qui auraient servi de centres sociaux, d'endroits où se détendre avec ses pairs et alléger le stress579.
Rien de tout cela n'était possible avec la disposition choisie. Selon le lcol Mathieu, celle-ci permettait aux commandos d'aller et venir sans déranger les autres et de fixer leurs propres horaires580. Mais on ne peut pas dire que ces arrangements soient propices à l'interaction qui favorise la cohésion d'une unité.
Après avoir assuré la sécurité des troupes, il est de première importance de veiller à la qualité de leur vie et apporter des aménagements en vue d'améliorer leurs conditions de vie et de travail. Le maj Mansfield a témoigné qu'il aurait pu faire davantage pour assurer le confort des troupes, mais que ces suggestions avaient été mal accueillies par les officiers du quartier général, lesquels affirmaient que la mission serait de courte durée. Selon lui, l'impression générale était que les soldats du Régiment aéroporté étaient des durs qui se passaient très bien d'agréments supplémentaires.
Les troupes recevaient principalement des rations de campagnes « afin de minimiser le risque [...]que présentait la préparation des aliments en plein air »581. Le maj Gillam a témoigné que c'est à cause de la disposition du camp que les soldats ne pouvaient recevoir des repas fraîchement préparés que par roulement. Les repas étaient apprêtés dans une seule tente qui était isolée et climatisée afin de réduire les risques de détérioration des aliments. C'est pourquoi chaque groupe ne bénéficiait de vivres frais qu'une fois par semaine.
Les tours de garde nuisaient au moral et à
l'efficacité. Comme il fallait davantage de gardes pour
assurer la sécurité d'un camp éparpillé,
il y avait moins de soldats disponibles pour les patrouilles à
Belet Uen ou pour d'autres tâches. Comme l'a fait remarquer
le maj Pommet dans son rapport de mission, les spécialistes
du Commando des services et du peloton des soins médicaux
devaient également assurer leur tour, ce qui leur laissait
moins de temps pour s'acquitter de leurs tâches premières582.
Ces tâches supplémentaires ont entraîné
la fatigue583.
La disposition du camp posait un risque de tir ami,
c'est-à-dire la possibilité que des soldats devant
éventuellement défendre une enceinte contre des
attaquants extérieurs tirent vers une autre partie du camp
et risquent ainsi de toucher un membre de leur propre unité ou
d'endommager leurs installations et leur matériel. Comme
le déclarait alors le maj Pommet:
Aucun ordre n'avait été donné concernant la défense - arcs de tir ou arcs de responsabilité - ou la coordination en cas d'assaut terrestre. Actuellement, les [commandos] se défendent par eux-mêmes, sans qu'il y ait de soutien réciproque coordonné et sans même savoir quelle mesure prendre s'il y avait lieu de venir en aide au [Commando des services], au 3e [Commando] ou à celui du génie584. [Traduction libre]
Bien qu'il ait dès le début nourri de sérieux doutes quant à de nombreux aspects de l'aménagement, le maj Pommet n'en a jamais fait part au lcol Mathieu jusqu'au début de mars, lorsque des balles parties du Commando des services ont atteint le secteur du 1er Commando585. Cet incident a incité le maj Pommet à agir586. La seule conséquence a été que le lendemain les troupes ont reçu pour instruction de réfléchir avant de tirer.
Afin de réduire le danger du tir ami, la section du lcol Mathieu a demandé au quartier général d'envoyer des fusils de chasse de calibre 12 qui ont une plus courte portée587. La pénurie de fusils de chasse a pris une grande importance dans l'incident du 4 mars au cours duquel un ressortissant Somalien a été tué et un autre blessé (voir le volume 5, chapitre 38).
Le lcol Mathieu ne contestait pas le fait que l'éparpillement du camp augmentait le risque de tir ami, mais il a maintenu néanmoins que d'autres facteurs avaient été jugés plus importants, notamment la proximité de la route, car les camions d'approvisionnement ne pouvaient rouler sur un mauvais terrain588. Quant au risque de tir ami, le lcol Mathieu estimait que les soldats pourraient se réfugier dans les tranchées589.
Nous jugeons l'attitude et la réaction face
à ce risque de tir ami à la fois simplistes et élémentaires
puisqu'il y avait là un risque considérable pour
la sécurité des troupes. Adresser une remontrance
aux soldats en leur disant de regarder où ils tirent ne
suffit pas à régler la question de la sécurité.
La plus grande vulnérabilité d'une implantation
décentralisée par rapport à l'aménagement
en triangle est évidente, et elle aurait dû entrer
en ligne de compte dans le choix du plan d'aménagement.
L'aménagement dispersé nécessite une quantité beaucoup plus grande de fils barbelés pour fermer le périmètre ainsi que de câbles pour l'éclairage et les communications. Or, comme l'approvisionnement du camp en fils posait des difficultés, l'étendue et l'épaisseur des défenses s'en trouvaient limitées590. Les ingénieurs se plaignaient du manque de fils de fer barbelés et de fils électriques que cause l'extension du périmètre.
Le lcol Mathieu a rétorqué que tout le matériel prévu pour l'opération « Cordon » - qui prévoyait un camp permanent non tactique - avait été reçu et que, selon lui, même si la disposition avait été plus concentrée, le matériel n'aurait pas suffi à combler tous les besoins qu'on avait déterminés en matière de sécurité591.
Lorsqu'il a constaté que le nouvel aménagement dépassait en superficie ce qui avait été prévu, le maj Mansfield a invoqué le manque de fils barbelés lors de discussions officieuses avec le lcol Mathieu. Celui-ci lui a répondu que les Forces canadiennes avaient accès au système d'approvisionnement du contingent américain et que, par conséquent, il serait peut-être possible d'obtenir du fil supplémentaire592. Toutefois, on n'a rien obtenu de cette source.
La décentralisation du camp posait également des problèmes d'alimentation électrique. Encore une fois, lorsque le matériel avait été préparé au Canada, tout avait été mesuré en fonction des dimensions du camp de Bosaso593. Le maj Mansfield n'était pas certain qu'il y aurait assez de câbles pour amener l'électricité à tous les secteurs. Il a dû recourir à des systèmes de génération ponctuelle, c'est-à-dire à doter chaque commando d'une petite génératrice, ce qui demandait énormément d'entretien et, au bout de quelques semaines, produisait des fluctuations d'intensité594. Malgré l'arrivée de matériel supplémentaire, le 2e Commando n'a jamais eu d'éclairage périmétrique595.
Compte tenu du matériel dont disposaient les ingénieurs et de leur isolement relatif par rapport aux autres commandos, le maj Mansfield a déclaré que cet aménagement dispersé rendait la tâche difficile à ses hommes. Le problème ne lui a cependant pas semblé suffisamment grave pour qu'il informe son commandant qu'il n'était pas en mesure de s'acquitter de ses tâches596. Son attitude était qu'il fallait « faire de son mieux avec les moyens du bord »597.
Encore une fois, nous constatons que la pénurie
de matériel n'a suscité qu'indifférence.
On n'a pas reconnu sa véritable importance pour des troupes
appelées à affronter des risques dans des conditions
d'insécurité.
Lors de leur témoignage, de nombreux soldats et officiers ont exprimé, plus ou moins vigoureusement, leur insatisfaction face à l'aménagement du camp, aménagement auquel ils attribuaient le manque de sécurité, la nécessité d'augmenter les patrouilles, la pénurie de fils barbelés, d'équipement électrique et de vivres frais et encore d'autres désagréments. Les soldats en parlaient souvent entre eux, et cet état de choses a eu pour effet de miner leur confiance dans leurs chefs.
25.1 Que, pour corriger les problèmes
de planification systématique mis en évidence par
la mission en Somalie, le chef d'état-major de la Défense
renforce l'importance de la procédure de combat (processus
qu'utilisent les commandants pour la sélection, les ordres
d'avertissement, l'organisation et le déploiement des troupes
en vue des missions) en tant que fondement approprié de
la planification opérationnelle à tous les niveaux
des Forces canadiennes, et que l'on insiste sur l'importance de
la planification systématique fondée sur la procédure
de combat dans les cours de formation du personnel.
25.2 Que, contrairement à l'expérience
récente, le chef d'état-major de la Défense
énonce les principes régissant la planification,
le commandement et la conduite des opérations par les Forces
canadiennes pour chaque opération internationale, lorsque
ces principes diffèrent des principes nationaux de planification,
de commandement et de conduite des opérations.
25.3 Que le chef d'état-major
de la Défense veille à ce que tous les types de
commandement, tels que le commandement national, le commandement
intégral et le commandement opérationnel, soient
définis selon les normes et les critères des forces
armées canadiennes.
25.4 Que, pour chaque opération
à l'étranger, le chef d'état-major de la
Défense émette des ordres et un mandat clairs et
concrets pour orienter les commandants des unités et des
éléments des Forces canadiennes déployés.
Ces ordres et mandats doivent traiter notamment des points suivants:
l'énoncé de la mission, les modalités d'emploi,
les relations de commandement et les relations de soutien.
25.5 Que le chef d'état-major de la Défense établisse clairement les fonctions et les responsabilités du sous-chef d'état-major de la Défense et, plus particulièrement, qu'il indique exactement quand ce dernier fait partie ou ne fait pas partie de la chaîne
25.6 Que, compte tenu de l'expérience
de la Somalie, le chef d'état-major de la Défense
exerce le pouvoir que lui confère la Loi sur la défense
nationale de mieux « contrôler et administrer»
les Forces canadiennes, en prenant les mesures voulues pour avoir
à sa disposition un effectif adéquat lui permettant
de s'acquitter de ses fonctions.
25.7 Que le chef d'état-major
de la Défense donne des ordres précis aux commandants
déployés dans des opérations et qu'il établisse
des rapports hiérarchiques clairs pour veiller à
ce que les lois et les normes canadiennes soient respectées.
25.8 Que le chef d'état-major
de la Défense veille à ce que tous les plans prévoyant
l'utilisation des Forces canadiennes fassent l'objet d'évaluations
opérationnelles à tous les niveaux avant le déploiement
opérationnel.
25.9 Que le chef d'état-major de la Défense établisse des instructions permanentes d'opération concernant:
25.10 Que le chef d'état-major
de la Défense établisse les principes, les critères
et les politiques régissant la sélection, l'emploi
et le mandat des commandants nommés à la tête
d'unités ou d'éléments des Forces canadiennes
lors d'opérations nationales ou internationales.
25.11 Que le chef d'état-major de la Défense effectue des exercices de formation et d'évaluation pour préparer et mettre à l'essai les procédures d'état-major, la doctrine, la planification et les officiers d'état-major au Quartier général de la Défense nationale et au sein de la chaîne de commandement.
25.12 Que le chef d'état-major
établisse un système uniforme d'enregistrement des
décisions prises par les officiers supérieurs durant
toutes les étapes de la planification des opérations.
Ces registres devraient inclure un résumé des mesures
et des décisions prises par les officiers, lesquels seront
désignés par leur grade et leur poste. Les registres
devraient également inclure les documents importants concernant
l'historique de l'opération, notamment les estimations,
les rapports de reconnaissance, les discussions importantes, les
ordres et les rapports de décès et d'incident.
25.13 Que le chef d'état-major
de la Défense ou son commandant désigné précise
et clarifie les buts et objectifs de la mission avant de commencer
à évaluer les forces nécessaires.
25.14 Que le chef d'état-major
de la Défense fonde l'évaluation des effectifs requis
pour une mission donnée sur la capacité des Forces
canadiennes de répondre aux exigences de l'opération,
capacité déterminée après que la mission
aura fait l'objet d'une analyse et avant qu'ait été
faite la recommandation de s'engager à déployer
des militaires canadiens.
25.15 Que le chef d'état-major
de la Défense mette au point une procédure officielle
d'étude des exigences une fois l'unité ou l'élément
des Forces canadiennes déployé dans le théâtre
d'opérations.
25.16 Que, pour corriger les lacunes dans les pratiques existantes et avant de s'engager à affecter des troupes à une opération internationale, les commandants:
25.17 Que le chef d'état-major de la Défense élabore une doctrine exposant le processus de collecte de renseignements pour toutes les opérations de paix, qui soit distincte de la doctrine applicable à la collecte des renseignements de combat. Cette doctrine devrait comprendre:
25.18 Que le gouvernement du Canada
exhorte les Nations Unies à élargir leur division
de planification du maintien de la paix de façon que le
secrétariat comprenne un service du renseignement qui serait
chargé de coordonner les renseignements requis pour les
opérations de paix, notamment en tenant à jour une
base de données sur les régions instables à
laquelle auraient accès les pays fournisseurs de troupes.
25.19 Que le chef d'état-major
de la Défense s'assure que la doctrine de planification
comprend une méthodologie d'évaluation permettant
de déterminer le nombre de spécialistes du renseignement
et d'employés de soutien (interprètes> requis
pour l'opération. Selon la doctrine en vigueur, il faut
s'assurer que le groupe précurseur comprend des spécialistes
du renseignement.
25.20 Que le chef d'état-major
de la Défense élabore des lignes directrices et
des procédures pour faire en sorte que les programmes de
formation culturelle bénéficient d'un soutien approprié
de la part du personnel du renseignement en fournissant à
ce dernier des ressources adéquates et appropriées
bien avant l'opération.
25.21 Que le chef d'état-major
de la Défense s'assure que le personnel du renseignement
dispose de ressources suffisantes et de lignes directrices adéquates
afin d'encourager l'autonomie dans le domaine de la planification
du renseignement et de décourager une dépendance
excessive vis-à-vis d'autres sources de renseignements.
25.22 Que le chef d'état-major
de la Défense examine l'organisation et le processus de
planification du renseignement afin d'optimiser les communications
et l'efficience dans la collecte et la diffusion des renseignements.
25.23 Que, pour corriger les lacunes
dans les pratiques existantes, le chef d'état-major de
la Défense s'assure que la planification logistique est
finalisée seulement après mise au point du concept
de la mission, évaluation de la taille et de la composition
du contingent canadien et reconnaissance détaillée
de la zone d'opérations.
25.24 Que le chef d'état-major
de la Défense fournisse des lignes directrices stipulant
qu'il faut prendre le temps d'évaluer tout changement survenu
dans les zones d'opérations. Ces lignes directrices doivent
préciser que ce sont les considérations d'ordre
militaire qui l'emportent dans la décision de changer l'emplacement
proposé pour la mission une fois le matériel emballé
et la planification logistique terminée pour l'emplacement
original.
25.25 Que, lorsqu'un changement de mission
est envisagé, le chef d'état-major de la Défense
s'assure que les nouveaux plans logistiques de contingence sont
mis au point avant le début de la nouvelle mission.
25.26 Que le chef d'état-major de la Défense s'assure qu'un élément de soutien national (c'est-à-dire une unité de soutien logistique intégrée) se joint au contingent déployé en tant qu'unité distincte au début de chaque mission.
Les rapports relatifs à la région nord-est de Belet Uen n'arrivent pas, et tout effort pour obtenir des renseignements reste infructueux. Comme cette région jouxte le CDN HRS et abrite l'essentiel des forces vives de l'ennemi dans la région, il est important de mieux comprendre la situation au jour le jour. [La HU] aurait ces informations, mais elles ne sont pas transmises à la FICS.
Science de la planification et exécution de déplacements des forces armées et de leur maintenance. Dans son acception la plus étendue, ce terme englobe les aspects des activités militaires qui traitent des points suivants :(Note du CDTAT : Dans les opérations canadiennes, le transport, l'évacuation et l'hospitalisation du personnel ne sont pas du ressort de la logistique.) Commandement de la Force terrestre, Procédures d'état-major, vol. 2, Services d'état-major en campagne, Supplément 3, Vocabulaire de l'armée de terre, B-GL-303-002/JX-Z03, p. L-12. Selon cette définition, la logistique se rapporte au ravitaillement des forces en matériel, mais elle diffère de celui-ci. Selon le Lexique sur le matériel, 1992, d'Approvisionnements et Services Canada, le matériel se définit de la façon suivante
- conception et mise au point, acquisition, entreposage, transport, distribution, maintenance, évacuation et réforme des matériels;
- transport, évacuation et hospitalisation du personnel;
- acquisition, construction, maintenance, utilisation et déclassement d'installations;
- fourniture ou obtention des services (AAP-6(S)).
Biens meubles et éléments d'actif, y compris l'équipement et les stocks, autres que l'argent et les biens immobiliers. Le matériel comprend les matières premières et les produits manufacturés, les articles consommables à court terme, les petits articles durables comme les appareils photo, les articles de format moyen comme l'équipement de bureau et le mobilier, et les gros articles comme les véhicules et les aéronefs.
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